On est déjà juillet

On est déjà juillet, canalblog m’a oubliée.

Ou peut être est-ce moi qui l’ai oublié. Va savoir.

Mais je suis là maintenant.

Tu veux que je te raconte un concentré de juin?

Il y a eu des bateaux, plein de bateaux. Des feux d’artifices, des sirènes, des concerts. De la fête dans la ville qui te donne l’envie d’été. Et puis c’était fini, sont restés les déchets, les petites cabanes blanches des chalands, et puis une grande fatigue.

Ensuite, le réveil  te rattrape, le boulot par dessus la tête, les auditions, les concerts, les examens, les contrôles avant le conseil, de classe, pis les évaluations. Juin quoi.

L’une termine avec une moyenne honorable et les encouragements, et surtout un brillant passage en 3e cycle de violon (à voir ici, si vous voulez…), l’autre privilégie la trompette au piano, et c’est chouette, et le troisième quitte la maternelle en sachant lire et compter. Jusque là, tout va bien.

Il y a eu aussi un anniversaire en retard…

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Loufoque de Her little world, en 8 ans pour ma grande nièce; tissus toto et …? placard….

Surpiqûres parfaites avant la trahison. De celle qui est toujours chez l’exorciste, elle devait être sacrément envoûtée…

J’ai pas fait la 2e chaise, finalement. J’ai des amies qui ont le sens du sacrifice: se priver de la machine toute neuve pour que je couse LA robe. Celle que j’imagine depuis deux ans sans oser. Exactement comme  je voulais…

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Tissu Etoffes des héros et Mondial Tissu pour la doublure, passepoil lurex rouge et fermeture éclair dentelle mamzelle fourmi,

patron Cambie Dress Sewaholic, avec une jupe en demie cercle (la forme du patron ne me plaisait pas, et j’ai vu ça quelque part sur Thread and Needles...) En taille 12, mais vu ce que j’ai raboté, le 10 eut sans doute largement suffit…

On est déjà juillet. Les profs passent des films en corrigeant le brevet, les écoliers font des goûters.

C’est  la longue semaine finale, celle où ils se lèvent tôt, sans autre objectif que de profiter de leurs dernières heures avant le grand rien, puis le grand changement.

Maintenant que je ne suis plus prof, les enfants sont là pour faire revivre cette nostalgie caractéristique du système scolaire français, fait de grands pleins et de grands vides pour te faire apprécier la métaphysique.

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Une chaise, un cul, un drame

A ce stade, tu imagines le pire.

L’accident stupide qui expliquerait cette si longue absence. Je pourrais presque te faire croire que je me suis blessée en tombant de la chaise et paf, le poignet, le coude, l’épaule, que sais-je. Toute chose qui empêche l’approche du clavier. J’tefrais dire que je peux te pipoter, c’est mon blog, j’ai le droit de dire « c’est moi qui l’ai inventé », « c’est moi qui l’ai fait », « c’est moi qui l’ai dit », même si j’ai tout pompé sur ma voisine.

Certes, grâce à la NSA tu peux savoir que quelques uns de mes commentaires ont été écrits de l’estranger.

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C’est donc pas que jsuis  tombée de la chaise. Ni que j’ai plus de genoux. Tu es perspicace.

 

C’est pour illustrer la théorie du papillon, tu sais celle où même quand y dit qu’il voit pas le rapport, en fait, y en a un. Parce qu’il y en en a toujours un, c’est comme ça, c’est la vie.

(attention, référence culturelle filée)

Une chaise donc.

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Ou plutôt deux…

Mais il ne m’en fallait qu’une (la 2e c’est bonus, mais monsieur Emmaus ne voulait pas séparer les jumelles), maintenant que notre chambre  a un vrai placard qui ferait presque dressing, il n’était pas imaginable de garder l’immonde tabouret qui accueillait mon séant lors des séances d’instrument. Ainsi je peux continuer la torture des oreilles de mes colocataires, mais pas celle de mon auguste postérieur, ni de mon bon goût légendaire.

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Huile de coude maison pour le ponçage (j’en pleure encore, et ça fait plus d’un mois. Autant te dire que je n’ai pas commencé la 2e), lazure blanche et tissu en lin irisé des coupons St Pierre. C’est ma première, il y a des petits défauts sur le pli…

Un cul.

J’avais un coupon de trois mètres. Pour une petite micro chaise de rien.

Pourquoi pas l’utiliser pour habiller mon cul, j’ai pensé.

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Pantalon en lin, du Tendances couture de l’été 2013. (flou, mais qui tombe comme il faut. Crois moi sur parole)

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Vu comme ça, t’as envie de coudre pour ta grand mère, mais en fait, les patrons sont bien coupés, et en plus les explications sont en français. Ni en Chinois, ni en Burda. Acheté grâce à Saki, je ne regrette pas.

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Il est accompagné par un petit gilet du Burda mars 2013, qui tombe parfaitement et va très bien avec ma chaise. Le tissu est un coupon de tissus Rive gauche, payé une misère (c’est pour faire croire au concept de couture rentable), mais une vraie chiotte à coudre (ça ne se repasse pas…)

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Le drame.

Retiens ton souffle.

Ferme les yeux.

Respire fort.

Transpire des dessous de bras.

Les images qui suivent peuvent heurter les personnes sensibles

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C’est le moment qu’elle a choisi pour dire Stop.

Faut que je l’emmène chez l’Exorciste.

De l’autre côté de la Seine.

En pleine Armada. Autant y aller à la nage. (les rouennais comprendront. On vit un peu à Berlin Ouest, et les communistes sont les touristes. Les choses changent.)

J’ai plus qu’à poncer ma 2e chaise.

Et casser la gueule aux papillons.

 

 

 

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Le goût du risque

Je suis devenue une grande aventurière.

Ouais, j’teufrais dire.

Quand j’étais petite, on m’appelait « c’est dangereuuuuuuuuuux », parce que j’n’osais pas passer dans le champ des chèvres. Comme par hasard, c’est moi que le caprin stupide a poursuivi jusqu’au pas de la porte.

Mais depuis, j’ai changé. J’ai compris que la vieille bique ne s’était attaquée à moi que parce qu’elle a senti mon hésitation.

Du coup, je fonce. Témérité, courage, hardiesse, sont les mots qui me caractérisent. Je n’ai peur de rien et ma vie est une aventure permanente. Tiens, par exemple, hier, je suis passée par la mairie plutôt que par les quais, et j’ai gagné au moins 30 secondes.

Et ce matin, j’ai mis mon ticheurte du destin.

Ce ticheurte là, tu vois, est un concentré d’improbable.

Le modèle le plus kitch dans le dernier Ottobre. J’aurai même pas imaginé l’offrir à ma grand mère.

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Un tissu … comment dire… A haut potentiel look prof de maths cinquantenaire des années 80 (le clan « les robes à fleurs »).

Payé pourtant assez cher, puisque commandé chez Shaukat. Liberty jersey/viscose, ouais ouais.

Une toile? Entre perdre 3 heures et perdre mon tissu, j’ai risqué. Mon temps est plus compté que mon stock ou mon portefeuille.

Et ma foi, la vieille bique est restée dans son champ à brouter ses pneus.

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Modèle Ottobre twist knot 2,2013, raccourci de 5 cm, taille 40 (sauf taille rétrécie au 38)

Tissu Liberty Ellie Ruth  Jersey viscose shaukat

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Je lui ai rajouté une écharpe en mousseline de soie express à la surjeteuse rapport à la météo incertaine.

Et je trouve qu’avec un jean et une veste, il remplit sa mission de tee shirt de mi saison quand t’as froid et envie de mettre un jean.

Sans risque.

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Même pas peur d’aller au boulot avec!

 

 

 

 

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J’suis snob…

 

 

Je vous ai déjà dit, que j’étais snob?

Tu sais ce que ce que c’est qu’un snob? Je suis sûre que tu confonds avec le bobo. C’est normal. Tu n’es pas assez snob pour faire de l’analyse sociologique à deux balles que tu prendras pour vérité absolue parce que tu l’as écrit sur ton blog.

Le bobo, il brunche (c’est Marine qui le dit), il aime les marques à la mode, chères et fabriquées en Chine en faisant croire que c’est « home made », il regarde les séries et lit les livres que lui recommande son Télérama, parfois il blogue pour éviter des séances coûteuses chez le psy, il mange bio  mais s’enfile un pot de nutella en regardant des conneries à la télé, ou en llsant Elle, parce que c’est trop dûûr d’être un intello tout le temps, carrément, pffff, ouais, faut bien être léger, quoi dans la vie.

Le snob? Il brunche. il aime les marques à la mode, chères et fabriquées en Chine.  Son Télérama de chevet lui permet de savoir de quoi on cause chez les bobos et d’avoir un avis dessus. Il est capable de bouffer le pot de Nutella après sa soupe aux fanes de radis. Devant une émission débile qu’il analysera avec son regard aiguisé de pseudo sociologue à deux balles.

Mais le snob n’est pas un bobo. Le snob n’aime pas les bobos.

Ou plutôt, il n’aime pas être un bobo. il a la prétention du libre arbitre et de l’esprit critique (le snob est forcément un peu prétentieux). Il est à la fois un peu dedans: il apprend la couture et le tricot quand c’est tendance; et un peu dehors: il en profite pour critiquer les marques à la mode et les bons commerçants qui profitent du filon.

Comme je suis bobo, j’ai fait mon meuble à la farrow and ball (petit conditionnement et nuancier parfait, ce qui n’était pas le cas de ma peinture pour bois habituelle), alors que ce n’est plus la mode. Et comme je suis snob, je ne l’ai pas trouvée exceptionnelle, je préfère ma peinture habituelle (the little shop, woodpaint, aussi chère que la F&B parce que je suis snob).

Comme je suis bobo, je regarde des conneries à la télé pour me vider la tête. Mais comme je suis snob, je découvre Jack Bauer 10 ans après tout le monde, et ça empêche un peu d’avancer les travaux de couture. Mais comme je suis snob, j’y traque l’idéologie américaine et les relents fascisants…

Comme je suis bobo, j’ai fait une chemise en liberty pour mon garçon. Oui mais comme je suis snob, je n’ai pas pris  le liberty de tout le monde. J’aime pas le tana lawn, trop fin, trop mou. J’ai choisi de la popeline.

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Chemise distinguée teen Her Little World (patron très chouette et très bien expliqué, j’ai flashé sur le col pas trop grand et les manches raglan), en taiille 10 ans. Liberty Mark en popeline commandé chez Shaukat.

Je l’ai accompagnée d’un pull sans manche bidouillé à partir du modèle Cars de Sandrine et Cie que  j’ai agrandi:

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Laine Fonty tweed recupérée de ce ratage..

Je sais, je sais, il faut des photos portées…

Mais vois tu, mon fils, que je ne pourrais jamais deshériter en prétextant l’avoir trouvé dans un champ comme le chat, adore les vêtements cousus main, mais n’aime pas trop le montrer…

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métaphysique du blog

On m’a dit que j’allais disparaitre.

Depuis, comme le crédule à qui la cartomancienne a prédit la faucheuse, je médite. Je t’évite. Et si c’était le dernier message, la dernière rue que je traverse, la dernière photo que j’offre au tout venant, les derniers mots que je t’inflige, ô toi passant inconnu (e)?

Du coup, je les pèse. Je les cherche. Je les laisse se flétrir comme la tulipe en offrande oubliée par un enfant sur le pas de la porte.

A quoi bon, te montrer ce petit meuble chiné, si c’est pour te quitter?

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Il sentait la mamie fraichement enterrée, quand on l’a récupéré. La mélancolie de la disparition des souffrances, la tristesse des souvenirs que l’on solde au plus offrant. « Il y a aussi ce meuble là, à vendre, mais je n’ai pas encore pu »

J’ai ressenti les petites maisons de mes grands parents. Je suis même passée devant, pour voir. La balançoire a disparu, les lavandes aussi. Il y a des jouets d’enfants et sans doute une salle de bain, maintenant…

Je l’ai bichonné. Ce n’était pas celui de mes grands parents, mais ça aurait pu.

(ponçage au décapant/paille de fer, finition papier de verre. C’est pas écolo, mais c’est efficace…)

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Une nouvelle vie, un nouveau souffle. Comme les chats.

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Petit chiffonnier de salle de bain accueillant pyjamas et caleçons de nains

(dégradé de peinture farrow and ball, je suis faible, et vernis satiné).

 

Comme les blogs?

 

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La perle

Il m’a fallu 12 ans et demi pour en avoir une conscience claire et nette, comme une révélation. Petite souris, cheval sauvage, dragon, sont les clichés animaliers qui s’imposent quand on te regarde vivre.

Il y a sans doute un peu de ce bestiaire en toi. Quand tu vas bien.

Mais régulièrement, depuis 12 ans et demi, il a des moments où c’est dans l’aquatique que tu te réfugies. Le homard, qui change sa carapace, oui, ça tu l’as lu, et compris. Mais c’est beaucoup plus ancré que cela. Plus ancien. Plus incompréhensible et sournois.

Tu as peur de ne pas y arriver. Comme beaucoup d’enfants, c’est sûr. Mais toi tu n’essaies pas si tu as peur. Je me souviens de ces yeux tristes et vides que tu m’as lancés quand la maitresse de moyenne section m’a dit, devant toi  » mais non seulement elle ne parle pas bien, mais en plus elle ne comprend rien »!.

Tu es resté accrochée au rocher. Et tu t’es fermée, petite huitre fragile et solide.

Les adultes ont frappé à la coquille. Parfois violemment, comme cette maitresse dont je n’oublierai jamais l’incompétence. Les adultes ne comprennent pas que tu n’acceptes pas leur aide. Mais tu es comme ça. C’est quand tu l’as décidé. Quand tu ouvres la coquille, quand tu es prête.

C’est drôle comme on oublie. A 5 ans, tu ne parlais pas, ou si peu,  tu dessinais mal sur un tout petit côté de la feuille et tu n’écrivais pas ton prénom. A 6 ans tu savais lire et compter. Bien sûr, tu as pu retrouver ta coquille pour des choses angoissantes pour toi, comme la géométrie, mais on a enfoui ça dans les tréfonds de nos angoisses de parents…

Après tu as été classée « bonne élève ». Timide, pas toujours régulière, parfois surprenante. Des petits séjours dans la coquille périodiques, mais de courte durée. La confiance était là.

A la lecture de tes bulletins, qui ne sont pas si mauvais, ça m’a sauté aux yeux. Pourquoi tant de violence, de mots durs, de jugements, dans les appréciations des enseignants?

14 de moyenne en 5e, certes, c’est beaucoup moins bien qu’avant, mais ça reste correct. En 2e année de second cycle en formation musicale, lauréate à un concours de violon national, tu vas peut être préparer le 3e cycle en fin d’année, si tu es prête. Et quoi, si tu redoubles ton année de FM, tu ne seras pas la première, non?…. Et si tu n’entres pas en 3e cycle à 12 ans et demi, on n’en fera peut être pas une jaunisse?

Tu as souvent ces grands yeux vides, comme à 4 ans. Fermée sur ton rocher. Les adultes, et tes parents aussi, frappent de plus en plus fort, te somment de t’ouvrir, te proposent des contrats et des ultimatums.

Ce n’est pas de la mauvaise volonté, je pense. Pour t’avoir vu en larmes parce que tu n’arrivais pas à faire ton exercice de FM, je crois bien que l’huitre est une solution de survie. Tu n’oses affronter ce que tu ne sais pas faire. Comme à 4 ans. Alors tu dissimules, derrière une fausse désinvolture et des petits mensonges.

Peut-être parce que chacun y voit la perle. Et croit bien faire. « Accepte notre aide » entends tu de toute part. Et plus on tape sur la coquille, plus tu te fermes.

Peut-être n’es tu tout simplement pas prête. Comme à 4 ans. Peut-être peut-on se contenter de ce que tu nous offres. La perle est déjà bien jolie…

 

 

Sicilienne et Rigaudon Kreizler 30032013 from Fanny on Vimeo.

 

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Grincements de porte

J’aime pas le téléphone.

Au boulot, je filtre et propose des « rendez vous téléphoniques » quand c’est important.

A la maison, je ne décroche pas souvent. Pas le temps. J’envoie des SMS ou des mails à la place, je sais, ce n’est pas pareil, mais j’aime l’écrit, direct, rapide, précis.

Ça doit bien faire marrer mes parents, tiens. A l’époque, il n’y avait pas d’abonnement communications illimitées, pas de signal de double appel, tout ça. Même pas de répondeur. La facture détaillée était l’espion délateur des conversations sans fin et revenait tout les mois te faire expier ta Très Grande Culpabilité. On dira que j’ai bouffé mon capital téléphone entre 15 et 20 ans. Maintenant je me rachète.

Ou alors, le téléphone a changé de sens.

Ce matin, par exemple. Il a sonné très tôt. Pourtant réglé en « ne pas déranger », il a chanté la musique de Mission Impossible. Depuis un an, c’est celle qui signe l’appel qui doit être pris même si tu es couvert de shampoing ou si tu as bu deux bières avec des potes en refaisant le monde. Même si Morphée te caresse tendrement les cheveux. C’est le numéro du bloc de la mater. Là où tu vas quand les choses ne tournent pas très bien.

Ce n’est pas moi qui doit répondre. C’est Lui. Des fois je le prend quand même, l’objet rectangle qui me brûle les mains, pour dire « il arrive, il se torche les fesses » (non en vrai, je le dis pas, je suis polie)

Ce matin, je venais de servir le thé. Juste avant de la réveiller pour partir au collège. En peignoir les cheveux mouillés.

D’un coup, il se tend comme un chien à l’arrêt, le regard noir et la mâchoire serrée.

Pendant ce temps, mon cerveau fait plein de tours. Je dois aller travailler, conduire l’ado, pas de rendez vous urgent, mais bon, un congé de dernière minute, c’est mal vu dans la bureaucratie. Les garçons dorment, faudrait les lever, ils ne voudront jamais partir sans manger. Je fais 12 hypothèses de plannings  en moins de 30 secondes.

C’est une urgence vitale. Et le bébé va bien, et est ce qu’elle voulait allaiter, et c’est une fille ou un garçon? Ces questions là je ne les pose plus, je sais qu’il y a un corps, des cellules, des biologies. C’est le seul moyen pour garder la tête froide et prendre les bonnes décisions. Je ne pourrais jamais faire ce métier.

Il y a quelqu’un au bloc, qui « gère ». Pour l’instant. Après 24 heures de garde.
Assistance et conseils téléphoniques suffisent pour réveiller les garçons, les préparer fissa pour monter à la maternité. Un jour de RTT. Le « jour des enfants »qu’il tente de maintenir vaille que vaille malgré les sous-effectifs.

Je vais La conduire au collège. Et vais travailler. Comme si de rien était. En envoyant quelques SMS sans réponse pour prendre des nouvelles. Les garçons vont aller dans la chambre de garde, ou dans le bureau, louper la danse. Mais ils savent qu’il ne faut pas trop moufter. Les mots leur échappent, mais ils ont compris que des gens meurent à l’hôpital, et que papa est là pour ça. Ils ont des grands yeux inquiets, parlent bas, avec cette conscience grave et métaphysique que des enjeux vitaux sont en jeu.

Depuis les 3600 accouchements, la sonnerie de Mission Impossible résonne de plus en plus souvent. Les RTT sont aléatoires, les vacances jamais totalement libres.

C’est aussi pour ça que j’ai collé cette belle affiche sur la porte de mon bureau . Et aussi parce que je connais bien les artistes. (j’ai même partagé un ventre avec l’une d’elles)

Et aussi parce que je défends le service public. Même le mien dont j’ai une conscience aigüe et douloureuse des dysfonctionnements.

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Ce matin ma Directrice est venue jusqu’à mon bureau. C’est assez rare pour être souligné.

Pas pour me demander des informations sur le concert, sur l’association, oh non.

Pour me dire que maintenant que le couloir était repeint (dois-je préciser que le sol n’est pas posé,que la peinture n’est pas terminée, que les fenêtres sont vert bouteille 10 ans d’âge,  et que des balais, pinceaux, clenches diverses décorent très élégamment le magnifique couloir, ou c’est assez mesquin comme ça?), il n’était pas question de mettre toutes sortes d’affiches qui dépareraient de notre belle unité.

« Mais bien sûr », ai-je dit en souriant.

J’ai retiré mon affiche de ma porte.

Les garçons sont rentrés à la maison.

La dame n’est pas morte. Je ne sais pas si son bébé va bien.

Et ma porte est vide.

 

 

 

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Hey, Skinny Love…

Je reprends le titre de ta chanson préférée. Et ma foi question musique tu n’as pas trop des goûts de chiottes pour une ado.

Je ne suis pas sûre que tu aies bien conscience de ce que tu engendres. De ce que tu inspires. Tu nous en fait baver des ronds de chapeaux, avec tes sautes d’humeurs, tes interrogations métaphysiques, ton cerveau droit prédominant, et ton appréhension du monde en mode « sensitif » uniquement.

Quand tu as voulu passer un concours, pour voir, si tu voulais vraiment être violoniste, si tu avais « le niveau », si tu étais capable de bosser le morceau à fond, on a dit oui. On peut pas dire que ça ne nous met pas dans des contradictions un peu schizophrènes. Le concours de musique, c’est la parfaite illustration de l’archaïsme de l’enseignement artistique: l’élitisme, le culte du classement, la reproduction du modèle social dominant, toussa toussa. N’empêche que bon, on a payé les frais d’inscription, pis tu nous les rembourses si tu ne glandes rien, hein, si tu le passes,  tu t’en donnes les moyens.

Encore une fois, il a fallu te pousser un peu aux fesses. Mais pendant un mois, tu as bossé presque une heure par jour. On s’y est pris un peu tard, un mois pour bosser ce morceau… c’est un peu court. C’est pas vraiment de ta faute: c’est qu’on a hésité: oui/non/peut être…

Évidement, tu as quand même réussi à te faire virer d’un cours (trop en retard…) et à « oublier » une répétition avec piano. Sinon ç’aurait pas été drôle. Mais avant d’avoir la grippe, la semaine dernière, on se disait que ça te servirait de leçon, tu verrais (avec les autres candidats) comment on fait pour travailler. Avec la grippe, les cours et répet manquées, on a pensé qu’on irait pas, mais bon vraiment c’était pas d’ta faute, alors c’est d’accord, les frais d’inscriptions, on les paie, t’inquiète. Mais non, tu as voulu y aller.

En vérifiant le règlement du concours, la veille, à 21 heures on a vu qu’il fallait jouer sans partition. C’est que heu…. tu le sais par cœur? Non? Tu sais, si tu veux on y va pas, hein… C’est pas grave, tu as des excuses quand même.

« Si j’y vais, je veux y aller », tu as dit, avec ton regard de tueuse. Je vais l’apprendre dans la voiture demain. Je le sais presque. Y a que 5 pages…

D’façon on voulait aller au Palais de la Découverte, alors c’est pas grave, ça nous fera une excuse, qu’on s’est dit.

On y est allé, tu as joué. Très bien joué.  Je n’ai rien vu tellement j’ai écouté. Avec le cœur serré, très fort.

On t’a trouvé des excuses pour les imperfections, on est tes parents. Mais tu n’étais pas contente de toi. L’année prochaine je le refais, tu as dit, et cette fois, je m’y prendrais deux mois à l’avance.

On t’a rassurée: tu ne seras pas « classée », y a eu ce petit trou de mémoire, et puis l’important, c’est que tu te sois surpassée.

Hey, Skinny Love… c’est vrai que tu n’es pas très économe avec nos petits coeurs et nos nerfs…

Mais vraiment, on est content que tu sois dans les « lauréats » et que tu rejoues à Paris dans deux mois.

Si vous voulez la regarder en vrai, c’est , demandez moi le mot de passe par mail…

 

 

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Quand il était petit…

Je sais, maintenant, à quoi sert un blog.

Meuh non, pas à faire reluire son ego, ni à gagner des sous en sponsorisant les couches culottes Huggies ou les produits biactol, en fonction de ton coeur de cible et de ta ligne éditoriale.

On passe vite de l’un à l’autre, tu verras, et c’est le propos du jour.

Le blog sert à arrêter le temps. Regarde, il ne s’est rien passé depuis ce message.

A peine une nuit ou deux, peut être.

Il est toujours petit, hein.

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Mais moins… Il râle quand on l’appelle Joe Dalton maintenant qu’il les lit (ou presque)

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Il s’est passé juste un petit truc de rien.

Il a dû bouffer des vitamines (c’est l’effet panierbio, hin hin!).

Et il est devenu un Jedi.

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Costume de Jedi:

Tunique sur la base Mériem en 8 ans, très rallongée et col en V, surjet apparent pour faire cheap (esclave de Tatooine)

Pantalon Intemporel en 4 ans, avec ajout de surbottes en jersey brillant,

Cape bidouille à partir de ça. Ceinture pour mettre le sabre laser et les trucs.

Tissus Mondial Tissus.

 

 

 

 

 

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Variations autour de la mèritude

Je suis une mère cruelle. Une sorte de Folcoche qui apprend la vie à ses enfants par la frustration.

« – Tu aimes les frites aux pâtes avec du Ketchup et des biscuits apéro? Hmmm?

– Oh oui oh oui oh oui, avec de la glace industrielle aux smarties en dessert!

– Hin hin, tu mangeras des BETTERAVES pour la peine. Ce sera ta pénitence pour tes pensées impures… »

Comme je suis une mère indigne et manipulatrice, je vais te faire partager mes secrets de souffrance, efficaces et qui ne laissent pas de traces (à part la couleur de tes toilettes…)

***

Je suis une mère exemplaire. Une sorte d’idéal de la perfection maternelle. Je m’imagine aisément en Cendrillon, tu sais, quand elle chante niaisement en récurant le château du grenier à la cave, en causant à ces connes de souris avec sa petite voix d’oie blanche. Ben ça, c’est moi. Je m’active dans la bonne humeur, avec mes petites souris qui m’aident toujours très volontiers car je les ai fort bien élevées.

Comme je suis une mère exemplaire, je les nourris de bons produits de la ferme que je vais chercher avec mes petites mains besogneuses. Pouah, pas de ces saletés de produits Kâpitalistes plein de cancers, non non non, pas de ça chez moi. Le supermarché, c’est pour les pauvres et les ignorants. Moi je panierbiote. Toujours. ça fait un bail, c’est vrai.

Et en hiver, dans le panier bio, y a de la récurrence. Genre des betteraves. Beaucoup de betteraves, de toutes les couleurs et de toutes les tailles.

Comme je suis une mère exemplaire, je me creuse la tête pour faire la betterave un peu différemment que la salade du même nom.

Et comme je suis une mère exemplaire, je te donne le fruit de mes pérégrinations betteravesques.

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Betteraves aux échalotes caramélisées et mélisse, librement inspirée d’une recette trouvée sur le net.

Ingrédients:

  • Des betteraves (ce que tu as dans le panier…)
  • une douzaine d’échalotes
  • 1 c à soupe de miel liquide
  • Des feuilles de mélisse que tu décoctionneras
  • Beurre demi sel
  • Quelques feuilles vertes de mélisse fraîche
  • 1 branche de thym-citron
  • Fleur de sel
  • de la mâche et des pignons de pin pour la salade, assaisonnement

Préparation

– Tu prépares tout d’abord ta décoction de mélisse (environ 20 cl, c’est suffisant)

– Tu fais cuire les betteraves. Si elles sont petites et que tu as du temps, à l’eau salée, sinon à l’autocuiseur, ça marche aussi.

– Tu fais caraméliser les échalotes coupées en 2 dans le mélange miel/beurre salé (tu peux rajouter un peu de jus de citron, environ une vingtaine de minutes, tu réserves au chaud.

– Dans la poêle de cuisson des échalotes, tu laisses dissoudre à  feu doux le miel caramélisé dans deux cuillères de décoction de mélisse. Tu peux rajouter un peu de beurre ou de maïzena pour épaissir, et tu goûtes voir, si c’est assez salé…

-Tu épluches les betteraves encore chaudes (mais pas trop) et les répartis dans les assiettes

 

– Tu leur ajoutes les échalotes, tu nappes de sauce, tu ajoutes la salade de mâche (assaisonnée ici avec un condiment miel gingembre offert par ma Keupine qui y connait un rayon en cuisine… t’as le droit de baver sur les trois dernières recettes, on a tout baffré, c’était … parfait…)

– Tu parsèmes de fleur de sel, effeuilles la branche de thym et ajoutes quelques feuilles de mélisse.

Tu fais goûter à tes souris, qui te diront que tu es une mère exemplaire, qui fait tant cas de leur santé et de leur éducation gustative. Ou que tu n’es rien qu’un tyran malfaisant, parce que les copains, eux, ils ont trop de la chance, ils mangent des pizzas et des frites tous les jours.

C’est comme au loto, quoi, ça dépend du numéro que tu as tiré. (deux numéros gagnants ici, ce qui ne fait pas le pactole, mais ça rembourse le ticket)

 

 

 

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