L’attente

Je l’ai aperçu un beau matin. Ou bien était ce un matin pluvieux et un peu terne qu’il a illuminé?

Je l’ai deviné dans l’ombre. Etait ce vraiment lui? Je lui ai trouvé un indéfinissable charme.
Un petit côté rétro presque chic. Et en même temps un air un peu canaille. Juste ce qu’il faut d’insoumission, de rébellion.
J’ai pensé « il me le faut ». Je lui ai tourné autour, je l’ai cherché, j’ai tenté de percer ses secrets cachés. J’ai été un peu déçue. Il n’en a pas. Il s’expose assez peu sur la toile. Va savoir pourquoi. Comment savoir dès lors si c’est vraiment lui?
Résister à la tentation. Être raisonnable. Ne pas multiplier les désirs.
Qu’en ferais je de toute façon? En ai-je vraiment besoin?

Et puis un jour, j’ai su. Je n’ai plus eu ni doutes, ni remords. Envolés, les scrupules, avalés par l’espoir d’une aventure audacieuse et féconde… Ce sera beau, ce sera doux, ce sera différent! Viens donc et nous unirons nos talents dans une plénitude créative et joyeuse… Viens donc et la vie sera belle et simple, je t’attends!

Et c’est là qu’il m’a lâchée. Il a disparu de la circulation. Sans un mot, sans une explication. J’ai tenté de le poursuivre, jusque dans les contrées les plus reculées et lointaines, peuplées d’indigènes aux étranges dialectes. Je lui ai mis le grappin dessus, à son corps défendant. Ça m’a coûté un bras et peut être même mon âme. Je l’ai enfin … commandé. Il est à moi. Ma chose. Mon objet.

Et depuis je l’attends.

Et pourtant, l’éternité, moi, je sais ce que c’est, hein. C’est long. Surtout vers la fin.

Quand tu commences une course de 10 km, et qu’au 2ème tu n’as plus de jambes, plus de cœur, plus un litre de liquide à l’intérieur de ton corps car tout est sur ton tee shirt.

Quand tu attends 2 mois que les profs corrigent tes copies pour savoir si tu auras ce putain de concours.

Quand on te promet une réponse importante dans la journée.

Tu regardes ta montre magique qui mesure les kilomètres parcourus. Est ce possible de courir en centimètres?

Tu fais exploser ta note de téléphone en connexion Minitel. Les moins de 35 ans ne peuvent pas comprendre.

Tu es pendu à ta boîte mail, ou ton téléphone. Tu mets le push, mais c’est pas possible, ça marche pas ce truc, alors tu synchronises tes messages toutes les secondes et demi. Et ta batterie est vide.
Tu peux guetter les signaux de fumée. C’est le seul moyen de communication qu’il te reste.

C’est dire si je suis forte en éternité.

Je cours à la boite aux lettres. En nage et le cœur battant. (oui, elle est un peu loin…) Déception. Éternité.
Je consulte mes mails et mes historiques pour savoir où il est. Dans un avion Malais, ou bien perdu dans une manifestation à Caracas? Qui sait? Déception. Éternité.

Mon Espoir, mon Désir… Mon cher patron McCalls M6324… Quand me viendras tu?

Share Button

7 réflexions sur “L’attente

  1. ben moi la poste a perdu un colis, de jolis bols de céramique, qui soit-disant a été livré, que nenni, nous n’avons rien eu… je n,’attends plus, je rage e tempête je réclame !!! Pfff courage au bout de ton attente, tu l’auras aaaaaaaaaaaaaaaaggghhhh
  2. Hi hi hi… T’as perdu un bras… Avion malais… Je reconnais bien là ton grand sens de la mesure
    Beaucoup d’attentes et d’investissements = grosse pression pour réussir la gestion de la bête !!!
    On veut le résultat !!!!
  3. je pensais vraiment à une nouvelle MAC…
    j’aime bien la forme de la robe fleurie!
    J ‘espère qu’à cette heure, le patron est arrivé et peut être la robe déja cousue! tu nous montreras !!
  4. Pingback: Black rose |

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *