chemise et fatalité

Il fut un temps, pas si ancien (disons jusqu’à il y a quelques heures) où je vivais dans l’Absolu. Il y avait des toujours, des plus jamais, des éternités très longues, et des puits sans fonds sur lesquels je finissais (toujours, forcément toujours) par trouver une brèche pour remonter à la force du poignet (que j’ai fort malingre pourtant…). Je prenais ma posture de reine offensée, le naseau humide et les yeux vitreux en l’air, en disant « on ne m’y reprendra … plus jamais »…

Et puis j’ai eu une fille qui vit dans l’Absolu. Ses joies sont des immenses bonheurs, ses peines des volcans dévastateurs. Les voies de l’acide désoxyribonucléique sont impénétrables.

Elle a commencé à dégainer son « plus jamais ».

Et je suis devenue sage.

Il n’y a rien d’irrémédiable dans la vie. A part peut être la mort. En contrepartie, il n’y a rien d’immuable et de définitif. Mais cette assertion sera l’objet d’un autre verset dans l’Evangile selon Sainte Fanny.

Vazy, mate un peu comme je suis limite à me raser les cheveux et me vêtir d’une couverture orange en soulevant mes grosses fesses en l’air rien que par la force de la pensée.

J’ai fait une robe qui devait être une sorte de perfection divine tellement elle alliait le tissu sacré et le modèle suprême.  LA rencontre du destin.

Déjà, sur la voie de la sagesse, j’ai marché sur les charbons ardents. Quand j’ai flingué le tissu avec un gros trou de surjeteuse, alors que je n’avais pas un centimètre de rab, je ne me suis pas arraché un cheveu. J’ai pas pleuré. J’ai pas dit que je me servirais plus jamais de cette infâme machine démoniaque.

Je me suis servi de mes neurones, j’ai fait un peu de géométrie, et j’ai trouvé une solution invisible…

Et j’ai fini ma robe.
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Et ce n’était pas elle, que j’avais vu dans ma boule de cristal. Un je ne sais quoi de trop ou de pas assez…
J’aurais pu hurler à la tromperie, accuser le marchand de tissu, ou de patron, la rouler en boule et la mettre dans la litière des chats.

J’ai pris tout mon temps. Je l’ai observée, je l’ai aimée aussi. Je lui ai pardonné ses imperfections, mais je ne l’ai pas porté.

Et j’ai décidé.
Elle ne serait plus robe, mais tunique toute simple, plus facile à vivre, sans se sentir dénudée…
Il n’y a rien d’irrémédiable…

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tissu etoffe des héros (satin de coton, magnifique mais sans doute un peu léger pour la robe), patron Bleuet de Deer and Doe (je ne sais plus si je l’ai coupé en 38 ou en 40).

Les photos sont pourrites. C’est la faute à la fatalité du mois de Novembre, mais je ne pleure même pas le soleil qui est parti pour toujours et ne reviendra plus jamais…

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