Le tigre et le sage

Heu… salut, ça va?

Vous avez bien lu ce à quoi vous vous êtes abonnés, les gens?

Si vous voulez des blogs intelligents, documentés, intellectuels…  je vous le dis, là, entre nous, je crois que vous vous êtes trompés d’adresse.

Je te le confesse, nouveau lecteur dupé, tu ne trouveras pas là de revue de presse, d’éditorial réfléchi, de pensée systématiquement nouvelle. Ce blog n’est pas un blog d’opinion tranchée, de certitudes, de dogmes et d’idéologie.

Ce blog parle de moi et de mon rapport au monde. Essentiellement le mien, l’intime, et le social. Je n’y prétends pas la vérité absolue. J’écris juste mon regard, nourri de quelques lectures, des valeurs qui sont miennes, sous l’influence de mon cerveau, que je commence à bien connaitre depuis le temps qu’on partage nos poux. C’est vrai qu’il n’a pas l’instinct grégaire.

Oui, tu auras pu lire quelques articles engagés, mais c’est une imposture. Dans le foyer, la militante, ce n’est pas moi, mais plutôt mon collocataire, avec qui je partage mon lit, quelques enfants, les tâches ménagères et des maladies vénériennes ramenées de l’hôpital (j’déconne, t’énerve pas…)

Si la défense de l’hôpital public t’intéresse, les liens sont là:

L’impertinent et le président

Le petit anesthésiste public

Néanmoins, j’ai beaucoup lu depuis une semaine. La faute aux amis qui pensent que je suis devenue une enragée de l’escarmouche verbale, de la synthèse et de la polémique.

La rhétorique de la guerre est dans tous les discours, l’union nationale est belliqueuse. La guerre contre le fanatisme, la guerre contre les réseaux terroristes, la guerre contre la terreur et l’autocensure, afin de sauver les valeurs fondamentales de notre société. Cette guerre est forcément légitime: l’Union Sacrée contre l’Ennemi tapi dans l’ombre. Ca va se gâter quand on va passer aux moyens, mais pas sûre que la gauche s’insurge contre les mesures d’espionnage légèrement liberticides aux entournures qui s’imposeront.

Ce matin, ma fille, de fort méchante humeur murmurait, en dissimulant à peine afin que sa hargne soit suffisamment expressive, des mots doux à mon encontre que ma politesse naturelle m’empêche de citer sur cet espace public, bordel. Ca avait un vague rapport avec mon cul. Il faut dire qu’elle a une fâcheuse tendance à transférer son vomi d’inadaptée au système éducatif français à son entourage proche, histoire de ne pas se faire virer du collège tous les 4 matins.

J’ai senti le truc monter. L’envie difficilement répressible de scotcher au mur, de dire des mots blessants et plein de fiel, ceux dont je sais qu’ils vont aller droit dans le mille comme une flèche indienne dans le coeur du général Custer.

Mécanisme de la violence.

Et puis j’ai pensé à elle et à la journée qui l’attend: sa prof de musique, et son discours si pédagogique (« tu ne feras jamais rien de ta vie »), les regards des collégiens et leurs petites tortures quotidiennes. Et j’ai fait défouloir. C’est bien aussi comme métier.

Elle n’avait pas raison. Mes valeurs ne m’autorisent pas à pardonner l’insulte à sa mère. (en plus que c’était même pas vrai, mon cul et moi on est assez potes en ce moment)  Mais mon cerveau me permet de la comprendre, et de la décentrer.

Je vais pas te refaire le débat sur Charlie raciste ou pas, tu peux le trouver partout. Y avait du bon et du moins bon. Je trouve la une de Luz artistiquement assez belle: les 12 niveaux de lecture, c’est assez fort, surtout dans le manichéisme du moment. (Je l’ai vue partout sur le net, parce que je n’ai pas acheté Charlie, hier. Je réserve mon soutien pour le moment où il sera assassiné dans l’indifférence générale par la pompe à Phynance et le grand Capital).

Mais je me demande quand même si tout cela ne participe du mécanisme de la violence, si nous ne devons pas réinterroger nos valeurs (et notamment celle de la laïcité). Se mettre à la place de…

La petite maghrébine née en France, 3e génération, élevée par sa mère qui fait des ménages,  dans un taudis où beugle la télé, où les frangins sortent à de taule, où on mange des chips de Liddle à tous les repas. Le miroir, il lui dit qu’elle est grosse, qu’elle n’arrivera jamais à rien (tiens, comme dirait la prof de musique), qu’elle n’est pas comme les autres français, puisqu’on lui répète  qu’elle est immigrée, et qu’on lui demande sa carte d’identité. Alors un jour, elle porte le voile, parce qu’au moins là elle trouve une communauté d’appartenance. On lui interdit? Elle insiste. Et se radicalise contre la « violence » qu’elle ressent de l’Etat qui condamne sa conception de pratique religieuse,  et contre ceux qu’elle estime l’humilier dans ses croyances et valeurs.

Je suis assurément plutôt Gandhi que Clémenceau, plutôt Peace que Love (on finit toujours pas s’engueuler, s’incomprendre et s’interpréter, avec toutes ces conneries de sentiments passionnels), plutôt Placide que Muzo.

Si pour défendre la liberté d’expression on bafoue les principes  de liberté individuelle,  tout en enterrant ceux de fraternité et d’égalité, je ne suis pas sûre que l’Union Sacrée soit si porteuse d’espoir…

 

 

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2 réflexions sur “Le tigre et le sage

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