Inaperçue…

Quand j’ai commencé à coudre, je crois que je répondais à une sorte de défi.

Celui de la fille qui n’a jamais su rien faire de ses dix doigts, nulle en dessin, moyennement douée avec le truc qui fait des sons quand tu appuies sur les touches, pas très inventive ni débrouillarde en dehors de l’institution qui délivre le Savoir.

Paradoxalement, j’étais l’élève modèle du système scolaire, celle qui sait ce qu’il faut retenir pour répondre aux exigences, et flatter ainsi le Maître qui a formé un si brillant disciple.

Aujourd’hui, tout me confronte à ce parcours d’élève conforme et adaptée que je fus… ou pas. Il y a d’abord Elle… et les doutes et interrogations sur ses capacités d’apprentissage et les moyens pour qu’elle s’adapte au collège (pour l’instant on n’a toujours pas trouvé. Il reste un mois avant la fin…). Il y a mon boulot qui n’est plus celui de transmettre directement mais qui me permet de réfléchir à la pédagogie, beaucoup plus que quand j’étais prof (un joli paradoxe…). Et puis, je suis de temps en temps des formations. Une salle de cours et un « Maitre » qui délivre son savoir: je deviens dingue. Il  me faut un ordinateur et le wifi pour travailler en même temps sinon je suis électrique. Il faut que je puisse avancer à mon rythme (rapide), tester, bidouiller sinon je m’énerve.  Je m’interroge sur moi: j’ai changé, l’âge m’a rendu a-scolaire?… Et je me souviens. L’odeur des salles de classe me revient, ainsi que les mots des centaines de livres que j’ai lus sous la table, les milliards de  messages échangés avec mes copines. Pour supporter le discours du Maître et en retenir l’essentiel, il a toujours fallu que je me concentre sur autre chose. Je n’ai pas changé et je sais ce qui me rapproche de ma fille. Sauf que je suis passée inaperçue. C’était plus confortable…

On me demande souvent si j’ai pris des cours de couture. Un seul. J’ai fui. Au début je disais « oh non, c’est un loisir ». Mais c’est pas une raison… Je ne veux pas prendre de cours parce que je veux avancer à mon rythme, chercher la méthode, utiliser mes erreurs. Evidemment, c’est possible aujourd’hui parce que je ne suis pas seule au monde face à mon patron et mon pied de biche. Merci la communauté des couturières qui partage, donne son avis, conseille… , Il y a toujours dans le lot des mercantiles qui utilisent les novices: faire du flouze, et aussi passer du côté du Maître et du pouvoir lié à l’illusion du Savoir, sans doute…

Mais ce qui est vraiment chouette dans la couture aujourd’hui, grâce à internet, c’est qu’elle est devenue une communauté des savoirs où l’on apprend ensemble, et où la logique du Maître sachant et supérieur délivrant la divine lumière à son morveux inexpérimenté et inculte, a disparu. Chacun, quelque soit son « niveau », peut apprendre de l’autre et étoffer les  pratiques, trouver des trucs et des astuces qui seront partagés.  Un vrai laboratoire de « learning commons »…

Et voilà comment une robe devient un carrefour de réflexions, professionnelles, familiales et intimes.

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(oups, ça manque un peu de repassage… faut dire qu’elle a déjà été portée…)

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(les photos sont assez pourries, je sais, la faute à la pluie…)

 

Robe bleuet de Deer and Doe, taille 40 sans aucune retouche (elle est assez ample, peut être que je vais la tenter en 38 pour une version ajustée), tissu Modes et Travaux près de la gare Saint Lazare, acheté en revenant… de formation.

Mise à part les 12 boutons à fermer le matin, elle est très facile à porter, le gilet est son ami, elle n’est ni transparente ni trop sexy… parfaite pour passer inaperçue au boulot…. mais pas trop!

 

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