portraits croisés

D’aussi loin que je me souvienne, il y a toujours eu décalage…

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A 5 ans, je jugeais ma maitresse idiote. Il faut dire qu’elle ne m’apprenait rien que ma soeur ne m’ait déjà enseigné, qu’elle ne voulait pas me laisser écrire comme les arabes, alors que c’était si simple, et en plus elle me séparait de ma copine alors qu’on n’avait rien fait.

A 5 ans, sa maitresse lui a dit qu’elle était idiote. Enfin plutôt à moi. Devant elle. « Non seulement elle ne parle pas, mais en plus elle ne comprend rien ».

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D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais été complètement sur la route. Littéraire en terminale scientifique, scientifique en classe prépa, pédago chez les prof, profs chez les territoriaux… D’aussi loin que je me souvienne, j’ai détesté les milieux, les influences, les groupes d’appartenance. Surtout les miens.  J’ai toujours eu, en particulier envers la bourgeoisie intellectuelle de gauche, la critique abrupte, la pensée séditieuse et le raisonnement rebelle. Pour apaiser mes errances métaphysiques et tempérer ma solitude, j’ai eu des amis. Ils sont souvent des illustres représentants de la bourgeoisie intellectuelle de gauche. Ils sont toujours là, depuis 20 ou 30 ans, ils rigolent en disant Fanny’s back, ils ferraillent, ils discutent, ils tempèrent. Ils savent que c’est le milieu, le système, les castes et non les individus que j’incrimine. J’ai trouvé une place, pas toujours complètement assumée, de vigie emmerdeuse, de grande gueule, de fille qui complique tout.

En plus, sur la route de la révolte spirituelle,  j’ai croisé un Dieu.

Mais pas n’importe lequel. Bour-Dieu. (et aussi mon directeur de DEA, qui m’a fait découvrir la Sainte parole et la pensée systémique).

Elle, tu le sais, elle a quitté la route, depuis un an et demi. Elle s’est enfermé très profondément dans sa tête. Les autres, les systèmes, les groupes, lui sont devenus insupportables. Elle n’était même pas en mesure de les critiquer, trop occupée à ne pas comprendre leur fonctionnement étrange. Elle n’a pas trouvé d’amis pour la cerner (il faut dire qu’elle a creusé un sacré fossé tout autour d’elle..) et soulager ses errances et sa solitude. Elle n’a pas pu verbaliser sa révolte, elle l’a seulement vécue comme une tempête brutale et dévastatrice.

La drôle de petite fille a disparu.

Un peu comme à 5 ans, elle a fait l’idiote. Une prof lui  a dit, comme en moyenne section, qu’elle « ne ferait jamais rien de sa vie« .

Et comme il y a 10 ans, elle se réveille et se décide à grandir.

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A 5 ans, elle a su lire juste après avoir commencé à parler. C’était bizarre.

A presque 15 ans, elle a décidé de poser des mots sur elle, elle a passé les tests de capacité intellectuelle, sans que jamais ce ne soit suggéré par l’institution scolaire (forcément, hein, elle ne comprend rien).

Très haut quotient intellectuel. THQI ou THPI dans le jargon des psy. Ouais, c’est le WISC IV qui l’a dit. Ouais, on explore un nouveau monde, une nouvelle communauté.

Elle a trouvé une place. une raison.

La tempête s’apaise. Elle commence à critiquer le système, et plus seulement à le souffrir.

Elle donne du grain à moudre à sa mère, toujours prompte à la fronde. Elle va trouver son Dieu. Sans doute pas le même que sa mère, il sera plus bohème, moins intellectuel et psychorigide…

Elle trouvera sa place, sans doute pas complètement dedans, juste assez près pour rigoler du spectacle, juste assez loin pour ne pas être la petite marionnette.

J’ai confiance et je l’aime.

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7 réflexions sur “portraits croisés

  1. Finalement ou pour débuter puisque toute chose est relative…
    Tiens en 5ième on (les profs) m’affublait de surnom(s) comme « le centre du monde », « rebelle » et j’en passe.
    Beaucoup d’adultes ne peuvent admettre qu’un enfant les dépasse,
    là débute les joies de l’égo, on comprend bien vite que dans ce monde normé et normal c’est nous qui somme anormaux, mais pas moins humains néanmoins!
    Tiens je suis prof aujourd’hui…
    Et aussi papa d’une petite fille …et heureusement que je sais courir pour la suivre.
    Voilà tout mais nous ne partons pas de rien!
  2. Y a encore des profs qui sortent des trucs pareils… Au secours…
    Bonne route à ta fille, je lui souhaite de trouver la sérénité ! Enfin surtout a sa pauvre mere 😉
  3. Oui il y a un tas de gens là dedans qui jugent les autres sans les connaître, ne mesurant pas vraiment la portée des mots/pensées,
    La communauté éducative conditionne un standard et ne laisse que peu de place à la différence…
    D’ailleurs avec sa mère on a inscrit la petite dans une école « alternative », Calendrette qui s’ouvre près de chez nous cette année.
    A base d’une pédagogie Freinet/Oury, et d’une participation des parents assez soutenu (suivant les capacités de chacun)
    On en tirera les conclusions (ce ne sera que la grande section de maternelle) ensuite de son point de vue à elle et à nous.
    Qui n’essaye rien n’obtient pas grand chose…
    J’aurais jamais cru inscrire notre fille un jour dans le privé, étant prof dans le public.
    Mais je n’ai plus de certitudes aujourd’hui!
  4. On a beau dire on a beau faire, ce test change tout, il donne à l’enfant différent son super pouvoir. C’est l’hibou qui vient chercher Harry Potter pour l’emmener à Poudlard. Courage à elle. Le chemin sera abrupt mais passionnant, elle a l’essentiel : des gens qui l’aiment pour ce qu’elle est.
  5. Pingback: Ma douce… |

  6. Tu me décris…sauf que moi, il y a que peu que j’en prends conscience.
    les « elle ne fera jamais rien de sa vie ,elle est immature,elle ne veut pas comprendre »…,ceux-là mêmes qui m’avaient blessée très profondément…ceux-là même je leur ris au museau à présent.J’ai trouvé ma voix/ma voie..Avec un bonheur indescriptible.

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