Merci, Merci…

Merci, c’est un concept, c’est pas un magasin.
Le truc, c’est « venir en aide » en profitant de la « générosité » des « créateurs », des « bénévoles ». Oh, c’est beau, c’est bien. La blogosphère s’en félicite, trouve l’endroit fantastique. Alors moi, j’y vais, je file, je veux voir.
1ère étape: trouver: un plan, une carte famille nombreuse pour payer le train moins cher, un ticket de métro, fastoche.
2e étape: Entrer. Déjà, il y a trois portes, on entre soit par le bar, soit par les fleurs, soit par le porche où le pecnot n’ose pas s’aventurer.
Je m’attendais à la 3e étape: émerveillement et shopping incontrôlable, je préparais mes arguments: « mais tu te rends compte, cette qualité, à ce prix, mais c’est formidaâââââble, et en plus je fais le Bien! »

Je vous livre tout cru mon interprétation du lieu confrontée à la propagande de Cosmopolitan:

« Accros du shopping, réveillez-vous !

Si vous n’êtes pas déjà au courant, Merci est LE nouveau concept store branché de la capitale à ne bouder sous aucun prétexte.

(j’aurai du me méfier: les « must have » et « must do« , en général, j’adhère pas…)

Fringues de créateurs ou vintage,
décorations contemporaines ou objets chinés, livres neufs ou de seconde
main, si Ali Baba était passé par là, ses quarante voleurs n’auraient
pas suffi tant l’espace est riche de trésors.

Oui, c’est gigantesque, deux niveaux, avec des « coins »: 3 sacs d’un côté, un « concept » japonais dans un coin (la vaisselle biodégradable…), un peu de lampe fluo sur une partie créateur (inconnu, je ne suis pas trop « fashion ».) En haut, le mobilier. Et là, je manque de m’étrangler. Je tombe en arrêt devant une table, faite en planches de coffrage peintes en blanc montées sur tréteaux Ikéa en métal. 3500 euros!!!!! Prix de revient qui ne doit pas dépasser 300 euros, heureusement que le « créateur a accepté de baisser ses marges ». C’est sûr, le concept de la planche de coffrage sur tréteaux, ça vaut au moins 3000 euros, c’est le minimum!!!

Côté mode, Merci se la joue Ile fantastique sans M.Roarke et Tatto mais avec des stylistes comme Stella McCartney, Paul Smith ou bien encore Jérôme Dreyfuss et des marques comme Prairies de Paris, Isabelle Marant, et autres Barbara Bui.

Très joli, Isabelle Marant, c’est vrai. Le hic, c’est dans le petit top que j’ai regardé, je rentre au mieux un demi sein dedans. Et je fais quoi du sein et demi restant?


Si vous êtes plutôt vide grenier et grandes malles, du vintage, en veux-tu ? En voilà ! Entre 40 et 150 euros, vous trouverez le meilleur du vêtement oublié à dépoussiérer, tendance oblige.

Entre 40 et 150 euros pour s’habiller chez Emmaüs, ça fait un peu cher, non? J’ai juste un peu de mal, rapport au clodo du coin qui s’habille lui aussi vachement « Vintage ».

Merci va plus loin. Vous rêvez de porter une véritable tenue de star ? Possible. Le concept store met à dispo des vêtements donnés par des actrices, des chanteurs, des mannequins, des people quoi !

Cool, moi qui rêvait d’être une « people ». Ceci dit, les vêtements de star sont « donnés par les stars », mais loin d’être donnés….

 
Vous voulez plus encore ? Merci est un mix d’univers où il fait bon vivre. Pause café ? Le Café Bouquiniste. Petit creux ? La Cantine Merci. Si ça, ça ne s’appelle pas de l’organisation, je suis la reine du rangement !

Très accueillant, oui. Par exemple, les tissus Bonpoint, cachés derrière un comptoir, aucun prix indiqué, et on se dit qu’on aura l’air très ridicule à demander le prix et faire « gloups ». Les livres, je n’ai vu personne en ouvrir un, et je m’imaginerais  pas m’installer comme ça, sans « consommer »…


Et comme un concept store ne peut décemment pas s’appeler Merci pour rien (croyez bien que j’aurais aimé aussi qu’on puisse faire du shopping gratos, un vieux fantasme jamais réalisé), tous les bénéfices réalisés seront reversés à une association pour les enfants défavorisés
(et ça, c’est encore mieux que du free-shopping). Un projet humaniste,
donc, né de l’imagination artistique de Marie-France et Bernard Cohen,
fondateur de la marque Bonpoint

Alors si vous n’y avez pas encore mis les pieds, enfilez chaussures à talons ou vieilles converses, revêtez manteaux ou perfecto, qu’importe tant que vous filez au 111, boulevard Beaumarchais.

Voilà, tout est dit. Shopper et se donner bonne conscience, on fait ça pour la faim dans le monde et pour la planète. Effectivement c’est un concept en vogue, et il y a des labels qui en sont les garants. Là, rien n’est bio, rien n’est équitable, on bénéficie juste de l’immense générosité des « créateurs » qui vendent un peu moins cher.

« Un peu, seulement ».

Exemple: le joli top, là, Isabelle Marant: 250 euros. Chez Bon Point, la petite paire de nu pieds pour les enfants: 104 euros. La petite robe aussi.

Petite réflexion sociologique à partir de quelques chiffres. Bien que je n’aime pas les classifications, il semble qu’on appartienne à la case dite « classe moyenne supérieure ». Je gagne 1700 euros par mois, le héros environ 4000 (pour 65 heures par semaine en moyenne, après 10 ans d’études, en sachant que dans le privé pour le même travail, il gagnerait au moins le double, mais c’est un autre débat). 5700 euros de revenus mensuels, avec les charges de la maison et des enfants, il nous en reste un peu moins de la moitié, on va dire 2000 à 2500.

Prise d’une folle envie d’habiller mes enfants hyper fashion pour aller se rouler dans l’herbe et uriner 5 fois par jour dans le pantalon, je leur achète à chacun la tenue tendance:

1 pantalon: 150 euros. 1 pull: 100 euros, 1 tee shirt, 50 euros, une paire de chaussettes assortie: 30 euros (véridique), une paire de chaussures: 120 euros. 450 euros par tête de pipe, fois trois, on avoisine les 1500 euros. Un tout petit peu moins que mon salaire, et cool, il nous reste un peu plus de 500 euros pour bouffer.

Et là, question naïve: qui achète ça?
Vous allez me répondre: un article de temps en temps, pour se « faire plaisir ». Pour croire que l’on peut un peu accéder au luxe des « créateurs ». Qu’ils travaillent sur des matières, en France, plus cher.

Il n’y a pourtant aucun label, aucune garantie.
Ensuite,  cette démesure m’inquiète. Ces créateurs ne bossent pour un un article de temps en temps acheté par la bobo uper middle class. Ils ne m’ont pas l’air spécialement touchés par la crise, ça se vend…

Donc je voudrais remercier Merci. Pour cette prise de conscience. Même si c’est beau, même si ce sont des créateurs, je n’y remettrai pas les pieds, parce que je ne veux pas m’habiller comme cette catégorie mouvante et peu identifiable que je ne connais pas, même pas un peu pour rêver. Je préfère très nettement les petites marques, qui gardent des prix raisonnables,se soucient aussi du mode de fabrication, et  créent tout autant (je pense à Alexandra, Petit Pan, notamment, mais il y en a beaucoup d’autres.)

Voilà, c’était mon petit coup de gueule gauchiste anti bobosphère. Zavez le droit de ne pas être d’accord!


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16 réflexions sur “Merci, Merci…

  1. Ma chère Fanny ! Avant même d’être arrivée au bout de ton article et de me rendre compte que tu avais mis un lien vers mon blog , j’avais décidé de parler de toi demain !!! J’ai dû tomber trois fois de mon siège de rire et d’envie d’applaudir! Evidemment,si c’était moi qui avais signé ce billet, tu t’imagines ce que les gens auraient pensé !!!Franchement , c’est jouissif de voir quelqu’un qui prend du recul et ne bêle pas avec le troupeau!
    Bonne nuit Fanny , et MERCI !
  2. Bonjour,

    Je passe de temps en temps sur ce blog et je viens à peine de remarquer cet article qui m’a fait sourire.
    Je partage ton point de vue.
    Garde cet esprit critique, surtout si c’est écrit avec humour!

  3. Eh! mais voilà un blog avec de la couture, et drôle et que je ne connaissais!!!!! heureusement que je suis passée chez Alexandra
    Allez dans bloglines pour ne plus rien perdre!
    A bientôt
  4. Oui, c’ est un peu ce qui m’ agace avec les blogs, l’ effet troupeau. et alors là c’ est quand meme de l’ abus. Je me dis que les gens qui achètent ce genre de trucs doivent sacrément manquer d’ imagination pour acheter à ces prix là ce genre d’ objets. Moi y’ en a pleins la maison, je suis trop tendance …
    Je ne suis pas contre une petite folie de temps en temps, oui au craquage, mais sans faux semblant …

    Dis donc quel budget mensuel !!!

  5. bravo ,j’applaudis et je suis tout a fait d’accord…j’ai le magasin gratos ,j’en ai 3 ,j’y vais tout les deux jours ,je raméne a chaque fois la pleine voiture…comme j’en ai de trop a force ,j’en donne ,j’échange…mon magasin..la déchetterie locale.,je connais les serveurs ,on boit notre café,on se mange une glace…on déconne un peu ensemble ,j’embaue tout les nouveaux arrivages…et des fois aussi des vétements de marque ,des game boy,des jeux vidéos…et la je dis merci …a tout les friqués qui vident direct toutes leur armoires ,change leur déco….bises.
  6. aïe aïe aïe !
    Je suis sous le choc… Tu viens d’écrire le premier commentaire qui ne va pas dans mon sens, sur mon blog. Ouh là là vais-je m’en remettre ?! D’habitude, les commentaires m’approuvent, me soutiennent, m’encouragent. Et là, patatras, tu n’es pas d’accord avec moi au sujet de « Merci » et tu le dis. C’est dur la vie !
    Je me rassure en me disant qu’au 16ème siècle, en tant que protestante, je n’aurais pas participé à l’achat des Indulgences. Ouf ! Suis-je absoute ?
  7. Pour être loin de tout ça, tant géographiquement que par mon mode de vie, j’avoue être parfois trés agacée par ce snobisme bobo/bloguesque/ »moutonnesque »… Alors MERCI pour cet excellent billet…Tu as trés bien fait de t’en mêler
  8. Ben merde, j’ai plus rien à dire… Moi, j’ai fait la pecnaude, je suis allée demandé le prix des tissus (au moins 12 euros le mètre) et les pelotes de laine (7 euros, mais y’a une étiquette merci, fait savoir ce qu’on veut dans la vie) Ceci dit, je ne suis pas à une contradiction près, il y avait un jaune moutarde qui m’a bien fait baver, mais j’ai été brave.
  9. Il ne s’agit pas d’appartenance à une mouvance politique ou autre, peut-être simplement une petite prise de conscience.
    Je ne suis jamais allée chez Merci mais le concept ne me dit vraiment rien (je ne parle pas des prix…).
  10. Les bobos, les bobos…. (dirait Renaud). Moi, ce qui me gonfle, c’est le « Vintage » acheter à prix d’or des vieilleries trouvées dans le grenier, ça a le don de m’orripiler. En plus, même cher, ça reste souvent moche. Non ?

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