le temps des chemises…

Petite, et même ado, j’ai abusé de la chemise à fleurs.

50756432_p

Et puis un jour, j’ai arrêté. Pas les fleurs, mais les chemises. Je ne savais plus les porter, ou bien c’est elles qui ne savaient pas me flatter (trop grandes aux épaules, serrées au buste, rentrée dans le pantalon, sortie, moulante ou loose?… trop de questions existentielles alors qu’une robe c’est si facile…).

Quand j’ai commencé à coudre, je me suis toujours dit que quand je serais grande, je ferais des  chemises…. et puis j’ai cousu des robes, des robes et encore des robes.

La chemise, qu’elle soit pour homme ou femme, c’est un peu l’everest de la couture, tu sais. 12 000 pièces difficiles à couper, qui doivent tomber au millimètre, et je ne te parle pas du serrage de fesses quand tu piques tes fentes de poignet et les coutures anglaises arrondies… C’est long, ça sent les larmes et la sueur, et ça se voit à peine quand tu la portes, sauf si c’est raté!

Alors évidement j’ai attendu. D’avoir envie, de trouver le bon patron, le bon tissu.

J’ai commencé par moi.

J’ai la tentation d’en faire d’autres, j’ai eu des appels du pied, il y a quelques amies que j’ai bien envie de couvrir de tissu façonné de mes petites mains… Mais j’ai tellement peur de rater, du machin informe à peine valable pour aller sortir les poubelles, de t’aurais mieux fait d’aller acheter un truc potable plutôt que de passer 10h sur ton bout de tissu… que je suis un peu paralysée … Peut être un jour je n’aurais plus la trouille de ne pas y arriver?…

DSC_0367 DSC_0368 DSC_0369 DSC_0370 DSC_0387

DSC_0395

Chemise Mélilot de Deer and Doe en 40

Tissu soie Les coupons Saint Pierre (trempée dans la maïzena avant la coupe, technique vraiment efficace pour éviter le tissu qui glisse).

J’adore ma chemise, mais je n’ai pas encore réglé deux trois questions existentielles (rentrée? sortie? avec un pull, un jean, une jupe?)…

Je m’en vas me coudre une robe, tiens, c’est moins compliqué pour mon petit cerveau !

DSC_0378

Share Button

Sex bomb (or not)

En cette merveilleuse journée des droits des femmes, dont je me battrais fort les couilles si j’en avais, j’ai une petite histoire drôle à vous raconter.

Il y a peu, j’ai été contactée sur Facebook par un monsieur à l’allure totalement normale et polie, « ami » de deux de mes contacts, qui cherchait désespérément et pour une raison que j’ignore, une homonyme. Je l’ai aimablement détrompé sur la personne, et l’ai laissé dire qu’il me trouvait charmante. J’aurais pu lui répondre qu’en réalité je suis un gros thon malaimable et que je trafique toutes mes photos, mais ça n’avait pas beaucoup d’intérêt. A la question suivante qui était « tu fais quoi dans la vie », j’ai aussitôt dégainé mon « je suis mariée et j’ai trois enfants », qui en général calme direct le baveux dragueur.

Après quelques heures de répit, je pense le fâcheux échaudé par l’ampleur de ma progéniture. ‘las, il revient à la charge…

avec un « Et c’est quoi la taille de ton buste? », direct, là comme ça. Ouais. Comme au collège il y a 30 ans (enfin au lycée pour moi, parce qu’au collège, j’en avais point, des seins)

Un peu estomaquée, je commence par ne pas répondre. Puis insistant, il propose un 90 C.

Petit joueur.

Je dis alors que je ne répondrais pas à cette question. Poliment comme ça.

Je t’avoue avoir été bien tentée par un « Et toi, la taille de ton pénis, c’est quoi?« . Voire même de lui envoyer le lien de la boutique où j’achète mes sous-vêtements: « hé ouais, vieux, les grosses poitrines, c’est comme les grosses bagnoles, ça coûte une blinde à l’entretien ».

Mais j’ai pas osé. Il aurait pu prendre ça comme une ouverture, l’andouille.

Ce n’est qu’à la 3e tentative que je l’ai envoyé péter, précisant que je parlais suffisamment bien français pour estimer avoir été comprise et que par conséquent ses questions devenaient un peu lourdingues.

J’aurais pu expliquer que ma taille de sous-tif se trouvait partout sur le net, vu que c’est une problématique forte dans mon activité de couturière: faire rentrer la viande dans le torchon. Explore un peu les pages noircies de ce blog, tu le trouveras bien mon 85D.

Que c’est le simple fait de poser la question qui rend la conversation désagréable et intéressée, orientée vers mon corps uniquement sexué.

Que j’expose mon corps comme ma taille de sous-tif, parce que je n’ai rien à cacher, et pas parce que je veux coucher avec tous les frustrés de la terre. Parce que, comme tout un chacun, je préfère qu’on ne me trouve point trop laide. J’ai eu suffisamment du mal à l’accepter, ce corps que j’ai un peu malmené et planqué des regards concupiscents, alors maintenant qu’on est assez potes lui et moi, tu vas éviter de me faire culpabiliser d’en avoir été doté.

C’est pas bien grave, cette question. C’est « moins pire » que le mec qui te suit dans le métro. Il répondra qu’il ne « pensait pas à mal ». Ben voyons. Et moi si je te demande la taille de ta bite, ça n’a rien à voir avec la choucroute, c’est juste pour mes statistiques personnelles.

Alors que les choses soient claires, l’ami. Tant mieux que ça te plaise. Tu peux même fantasmer tout seul dans ton coin sur une hypothétique sex bomb, mais tu le gardes pour toi. Moi je ne veux pas de ton regard, ni de ta question qui me ramène à l’objet et qui ne te choque même pas.

Si je veux !

Du coup ça tombe bien qu’on en parle, j’ai une robe de nonne à te montrer :-)

Une robe en laine, pas moulante, pas décolletée.

DSC_0270

 

DSC_0286

DSC_0278

Robe féministe du jour Arum Deer and Doe en taille 40 (sans doute en 38 à la taille, mais j’ai découpé le patron il y a fort longtemps, je ne sais plus)

Manches rallongées de 20 cm parce que c’est dommage ces manches trop courtes sur le patron. Le tissu est une magnifique flanelle de laine Etoffes des héros. 

 

Avant de retourner au couvent expier ma très grande faute de tentatrice,  et méditer sur les droits des femmes , je t’offre une magnifique citation de mon auguste soeurette, dont les protubérances mammaires, fort agréables à l’oeil, attirent néanmoins des regards cupides.

(le couillon dans la rue qui se croit spirituel): « C’est à vous tout ça? » 

(ma soeur, qui est très spirituelle ): « Nan, je les ai loués »…

 

Share Button

Duplicité


M « qui de nous deux »

 

J’ai toujours été un peu duale comme fille.

Raisonnable, sérieuse, prudente, calme et posée.

Quand la smala des gosses partait à l’aventure dans la campagne limousine (il y a avait mon frère et ma soeur, et les enfants des copains qui venaient squatter les quatre gros murs en granit qui servaient de maison), on  m’appelait « c’est daaaaangeuuuuureuuux », avec une petite voix nasillarde et une légère pointe de moquerie amicale. Je faisais Annie dans le club des 5, ce qui évitait le conflit avec les deux autres filles qui se battaient pour jouer Claude.

La plupart du temps je ne prends aucun risque.

DSC_0142 DSC_0143 DSC_0144

Robe plantain, comme celle ci, celle là et encore celle ci

Prise de risque minimale, robe parfaite et beaucoup portée…

Le tissu vient d’un petit magasin de Rouen au bout de la rue Eau de Robec (je crois qu’il s’appelle « dans l’air du temps »). Très joli jersey qui tient bien au lavage. Pour le bas de la robe, je n’ai pas fait de jupe cercle, mais des pans pour ne pas gâcher trop de tissu. La dentelle extensible vient de Mondial Tissu.

***

Et parfois je partais toute seule sur mon vélo, sans prévenir personne, le plus loin possible, sans réfléchir.

DSC_0139 DSC_0140 DSC_0141

Cette robe « opale » issue du livre d’Ivanne Soufflet n’était pas pour moi: taillée pour un bonnet B avec des pinces devant quasi droites… J’ai totalement hacké le patron du buste (et je suis très fière de ma prise de risque!) .

Allez, j’ai quand même convié la fille raisonnable, j’ai fait une toile du buste avant de me lancer et de couper ce magnifique chambray bio des trouvailles d’Amandine.

Je les mets les très souvent. L’une fait petite fille sage avec son col claudine sérieux,  et l’autre est plus espiègle, avec sa dentelle transparente, ses petites fleurs et l’élastique rouge façon lingerie….

Qui de nous deux serais-je demain?….

Share Button

8

N’empêche, la vie, c’est une sacrée grosse farceuse.

La fille qui te cause est du genre à ne pas regarder la carte avant de prendre un chemin, mais plutôt à le choisir à l’instinct (en général à gauche) et après à voir où il mène, quitte à s’en retourner si les ronces s’accumulent et si les loups la guettent de leurs petits yeux malins et pervers.

Regarder en arrière, ouais, un peu, mais pas trop, juste pour éviter de refaire les mêmes conneries, mais surtout pas pour s’embrumer de souvenirs idéalisés. Surtout pas pour tourner en rond. C’est ancré depuis bien longtemps; quand la nuit  je faisais des 8 sur mon vélo Peugeot rouge tout neuf, poursuivie par un méchant Goldorak, et que je ne pouvais pas avancer, le 8 me ramenant toujours point central du même chemin immobile…

fannycadeau2

Evidemment, je sais bien que les chemins ne sont pas tout droits, j’en ai pris des virages à 90 degrés, j’ai dû raconter ça ici, même. Et d’autres aussi que j’ai tus.

Mais la vie, cette petite malicieuse, se fend la poire à me faire faire des 8 avec mon vélo, et Goldorak en fait, il est gentil, tu vois, petite, c’est pas la peine d’avoir peur.

Après avoir dit plus jamais, voilà que, au détour d’une formation, je cause scénario pédagogique, objectifs, activités… et que j’y retrouve la même excitation à transmettre qu’il y a 10 ans. Ni le même contexte ni le même public, mais le point de convergence sur le 8…. sans tourner en rond.

J’arrête mon vélo, je fais demi tour, allez Goldorak, viens mon pote, on va boire une bière en terrasse tous les deux, c’est sympa de se retrouver après tout ce temps, et de ne plus avoir peur….

La vie est une petite marrante.

Depuis la douce époque de mes 16 ans, je n’ai jamais remis un short d’été. Rapport à mes jambons difficilement assumés.

2JBL-OkQlm9bWsx5VxOMHZ8z5gJWq8ymK9WF83lGh84,-QN5ZolaKAzXEyrF8lJUFI2sONe89pe4tmkWkmEqsv4

Et puis j’ai regardé mes jambons (je ne leur ai pas dit « venez on va prendre une bière », je ne voudrais pas trop les entrainer sur la pente savonneuse, déjà qu’en ce moment ils ont un peu de mal à se bouger les fesses -ouais, parait qu’il pleut, qu’il y a des graminées, qu’ils sont fatigués…-), et je leur ai pardonné leurs petits bourrelets et leurs décorations marbrées.  Je leur ai offert un short pour bronzer.

IMG_0567

(t’as vu ces raccords de ouf, hein?)IMG_0733

IMG_0732

Short Chataigne de Deer and doe taille 38, rallongé de 4 cm, tissu very psychédélique 70’s de chez toto, me voilà encore au centre du 8.

Fais encore un peu froid pour le porter,mais il sera parfait pour l’été continental canadien… Pour le mettre au boulot, faudra sans doute encore que je fasse quelques tours de 8, mais peut être un jour ?…..

Share Button

Inaperçue…

Quand j’ai commencé à coudre, je crois que je répondais à une sorte de défi.

Celui de la fille qui n’a jamais su rien faire de ses dix doigts, nulle en dessin, moyennement douée avec le truc qui fait des sons quand tu appuies sur les touches, pas très inventive ni débrouillarde en dehors de l’institution qui délivre le Savoir.

Paradoxalement, j’étais l’élève modèle du système scolaire, celle qui sait ce qu’il faut retenir pour répondre aux exigences, et flatter ainsi le Maître qui a formé un si brillant disciple.

Aujourd’hui, tout me confronte à ce parcours d’élève conforme et adaptée que je fus… ou pas. Il y a d’abord Elle… et les doutes et interrogations sur ses capacités d’apprentissage et les moyens pour qu’elle s’adapte au collège (pour l’instant on n’a toujours pas trouvé. Il reste un mois avant la fin…). Il y a mon boulot qui n’est plus celui de transmettre directement mais qui me permet de réfléchir à la pédagogie, beaucoup plus que quand j’étais prof (un joli paradoxe…). Et puis, je suis de temps en temps des formations. Une salle de cours et un « Maitre » qui délivre son savoir: je deviens dingue. Il  me faut un ordinateur et le wifi pour travailler en même temps sinon je suis électrique. Il faut que je puisse avancer à mon rythme (rapide), tester, bidouiller sinon je m’énerve.  Je m’interroge sur moi: j’ai changé, l’âge m’a rendu a-scolaire?… Et je me souviens. L’odeur des salles de classe me revient, ainsi que les mots des centaines de livres que j’ai lus sous la table, les milliards de  messages échangés avec mes copines. Pour supporter le discours du Maître et en retenir l’essentiel, il a toujours fallu que je me concentre sur autre chose. Je n’ai pas changé et je sais ce qui me rapproche de ma fille. Sauf que je suis passée inaperçue. C’était plus confortable…

On me demande souvent si j’ai pris des cours de couture. Un seul. J’ai fui. Au début je disais « oh non, c’est un loisir ». Mais c’est pas une raison… Je ne veux pas prendre de cours parce que je veux avancer à mon rythme, chercher la méthode, utiliser mes erreurs. Evidemment, c’est possible aujourd’hui parce que je ne suis pas seule au monde face à mon patron et mon pied de biche. Merci la communauté des couturières qui partage, donne son avis, conseille… , Il y a toujours dans le lot des mercantiles qui utilisent les novices: faire du flouze, et aussi passer du côté du Maître et du pouvoir lié à l’illusion du Savoir, sans doute…

Mais ce qui est vraiment chouette dans la couture aujourd’hui, grâce à internet, c’est qu’elle est devenue une communauté des savoirs où l’on apprend ensemble, et où la logique du Maître sachant et supérieur délivrant la divine lumière à son morveux inexpérimenté et inculte, a disparu. Chacun, quelque soit son « niveau », peut apprendre de l’autre et étoffer les  pratiques, trouver des trucs et des astuces qui seront partagés.  Un vrai laboratoire de « learning commons »…

Et voilà comment une robe devient un carrefour de réflexions, professionnelles, familiales et intimes.

bleuet4

(oups, ça manque un peu de repassage… faut dire qu’elle a déjà été portée…)

bleuet5 bleuet3 bleuet 2 bleuet 1

 

(les photos sont assez pourries, je sais, la faute à la pluie…)

 

Robe bleuet de Deer and Doe, taille 40 sans aucune retouche (elle est assez ample, peut être que je vais la tenter en 38 pour une version ajustée), tissu Modes et Travaux près de la gare Saint Lazare, acheté en revenant… de formation.

Mise à part les 12 boutons à fermer le matin, elle est très facile à porter, le gilet est son ami, elle n’est ni transparente ni trop sexy… parfaite pour passer inaperçue au boulot…. mais pas trop!

 

Share Button

Just like a woman

Elle mange. Un peu comme un petit animal affamé, à ras de l’assiette, les fesses à environ 100 mètres derrière, sans doute pour gagner 30 millisecondes à la sortie de table, des fois qu’on lui poserait des questions. « t’as eu des notes? » Petite voix guillerette et enjouée, comment je devrais faire du théâtre dans la vie.

Soudain, elle lève la tête et te projette ses yeux bleus, très bleus, très loin dans ton âme.

73613660

« Comment t’as su que tu étais devenue une femme? »

J’aurais bien tenté le « Et pis sinon, t’as fait quoi en maths, et t’as vu, Martine a nettoyé les carreaux », ou bien n’importe quoi d’autre  mais j’ai même pas pu. Le blanc. Voir même le noir. Trou, le noir.

« – Heeeeeeeuuuuu, tu veux dire, plutôt qu’un homme?  (ouais, je sais, c’est con comme réponse, je te la prête, si tu te moques, tu verras, c’est un très bon entrainement pour répondre à tous les inattendus de la vie.)

– Ben non, comment tu es passée de fille à femme? Quand est ce que tu as su, quoi? »

Bon. J’ai fait une pov’ réponse de mère responsable, genre quand tu sais être autonome, raisonnable, adulte, et que tu assumes ce que tu fais. J’ai vu à son petit sourire en coin qu’elle n’était pas dupe. Elle s’est penché sur son assiette et a lapé le fond. Game over.

J’aurais peut être pu lui expliquer, entre la soupe et le fromage, que c’était très récent. Sans doute pas complètement assumé encore.

J’aurais pu lui dire que mon corps a gardé la mémoire de la petite fille microscopique que j’étais. Il en a conservé deux trois vestiges: les mains, les pieds, les orteils. Et qu’il a fallu longtemps avant d’accepter toutes les transformations qu’il a subies: hop, 3 km de fémur et te voilà à un mètre 70, en contrepartie, le buste qui s’étoffe en profondeur, à égalité avec le postérieur qui ne veut plus rentrer dans les 501. C’aurait été bien de lui raconter que je l’ai un peu enfoui, oublié, laissé en stand by pendant de nombreuses années, le laissant végéter dans son gras rassurant et maternant.

Sans doute que de lui expliquer qu’on devient « femme » quand on accepte son corps et le regard que les autres portent dessus, aurait été plus utile pour elle que de lui proposer un yaourt.

Je n’ai pas pu.

« J’espère que je vais te ressembler quand je serais une femme ».

Qu’elle a dit en sortant de table.

« Sauf le nez parce que j’aime pas ton nez ».

C’est peut être parce que je portais un short de femme, va savoir. Un truc cousu exprès pour qu’on regarde pas mon nez…

DSC_0464 DSC_0469 DSC_0470

 

Modèle Châtaigne de Deer and Doe, taille 40. J’ai fait la version taille basse à revers. Je me tâte pour essayer en 38 pour le prochain, même si j’aime bien son tombé sur les hanches. Un vrai plaisir à coudre.. C’aurait dû être le 2e, j’avais commencé une toile… sauf que j’ai cousu les poches sur l’entrejambe alors il a fini à la poubelle. (même les femmes font des erreurs de fillette!). Je n’ai pas fait les pinces, ce n’est pas tout à fait exprès (j’ai un peu oublié en fait, mais finalement, je ne sais pas par quelle magie du Dieu de la couture, je trouve que le rendu est sympa comme ça)

Lainage Toto, arrachage de cerveau sur les carreaux, que j’ai pris à l’envers du droit fil, parce que je les préférais en longueur.

Share Button

Eiffe comme Fanny

N’écoutez pas aux portes, je me parle toute seule à ma tête. Je réfléchis avec moi même.

Hier soir, en quelques heures (2, 3, tellement je suis trop forte et rapide…), j’ai cousu une robe topissime.

La robe que je voulais.

Pardonne moi mon Père, j’ai un peu plagié. Juste un peu, j’ai vu une robe dans un magasin de Rouen (oups faudra que j’efface la référence, quand je serais une chef d’entreprise célèbre…)

IMG_0364

 

Il faisait froid et gris, j’étais un peu triste et mélancolique, et j’en avais une énorme envie, parce que des robes chaudes, j’en ai pas beaucoup, et que je ne porte que des robes. Mais j’étais à la bourre pour une réunion et accessoirement à découvert: 110 euros, en solde, merdum, c’est abuser. J’écume le net et je me la fais.

Tissu ressemblant trouvé sur ma Petite mercerie (en plus coloré, mais ça me va). Un peu cher, 17 euros le mètre, mais je le trouve vraiment chouette. Reçu hier et aussitôt coupé: oui, je sais, sans laver, c’est mal: je ne suis pas une couturière élitiste, il semblerait. Promis, déesse du décatissage, je vais la laver en programme laine (même si c’est que du synthétique…)

Alors voilà.

DSC_0469

DSC_0467 DSC_0468

 

 

DSC_0472

 

Et c’est là que je me cause à mon esprit. N’écoutez pas. Je construis mon avenir.

Parce que tu vois cette robe, elle me plait. Elle a fait sensation ce matin au boulot (je suis en congé cet AM, NDLR: j’ai du solde de 2014 à écluser…)

Je pourrais me faire des couilles en or avec, au lieu de trimer comme une petite fonctionnaire scarabée.

Je crée ma marque déposée. Eiffe comme Fanny. C’est bon, comme sigle, non?

Je dessine mon patron.

Genre. Je ne mets pas ma base. Personne n’a remarqué qu’il s’agit d’une ènième interprétation de Plantain (coupé en 38 mais je couds à 1cm au lieu de 1,5, et j’ai recoupé la taille de plusieurs centimètres, pour avoir une forme cintrée).

Plantain, qui je le rappelle à ceux  qui auraient envie de « démocratie couturière », et non pas de couture élitiste fait pour les pros à très très cher (genre 50 euros les 4 patrons identiques… mais avec des gradations, attention!), est gratuit et extrêmement bien expliqué: aucune coquille non corrigée depuis deux ans malgré son désintéressement.

Je ne fais pas d’études de modélisme, j’ai pas le temps et je suis trop talentueuse, un recopiage en bonne et due forme est suffisant. Je fais des photocopies et zou, je balance sur mon site à 14 euros.

Pour le tissu, c’est dommage de ne pas en profiter. Je pense que je peux aller bidouiller avec Ilustrator quelques images vectorielles achetées à bas prix, de pois colorés sur lesquels je vais mettre un copyright et m’insurger si quelqu’un a la même idée. Pas question de le mettre à moins de 20 euros le mètre, mes clientes seront des manantes qui débuteront la couture (pour acheter un patron aussi basique alors qu’on le trouve dans les magazines,  dans les livres japonais et en tutos gratuits…), donc elles ne savent pas qu’on peut trouver des tissus beaucoup moins cher et tout aussi jolis.Bien sûr il me faudra une bonne stratégie de marketing.

J’ai un joli sourire, non? Et je suis très gentille.

IMG_0309

 

 

 

 

 

 

 

 

J’irais  voir quelques revendeuses qui deviendront mes amies et qui diffuseront mes bidouilles mal agencées. Quand on m’accusera, elle me défendront bec et ongles, parce que j’ai un joli sourire et que je suis gentille. Elles oublieront que j’ai piqué le travail de vraies modélistes, que je me suis fait pas mal d’argent sur le dos des débutantes en couture. Elles diront: attention au lynchage, c’est pas bien de s’en prendre à quelqu’un comme ça, pauvre Fanny, c’est du Fanny bashing, c’est mal. Elles auront tellement cru en moi qu’elles confondront l’humain et la stratégie commerciale. Et ce sont les accusatrices qui auront repéré mon Plantain plagié, mes motifs fabriqués à partir d’images vectorielles achetées à bas prix, qui seront les méchantes.

Toute ressemblance avec une situation existante n’est totalement pas fortuite.

Pour ceux que ça intéresse (c’est du microcosme de la communauté couture de la blogosphère, mais représentatif des dérives des réseaux sociaux et des influences communautaristes…):

http://sakikojones.fr/blog/12076-causons-un-peu#comments

http://essais_erreurs.eklablog.com/affaire-aime-comme-marie-les-temoins-sont-appeles-a-la-barre-a114377936

(lisez les articles précédents, dans lesquels elle confronte les patrons originaux et les copies. Dans le dernier article, elle répond à la critique couramment lue qu’un patron de chemise est toujours identique: elle compare donc quelques patrons de « basiques » et montre bien les différences).

Et cette discussion sur l’excellent site Thread and Needles

 

(ah pis j’ai oublié: en plus je peux remettre un gilet tricoté il y a 20 siècles et que je n’ai jamais porté…)

DSC_0464DSC_0465(

(c’est presque un déhanché, ça non? C’est bon pour le marketing!)

 

Share Button

chemise et fatalité

Il fut un temps, pas si ancien (disons jusqu’à il y a quelques heures) où je vivais dans l’Absolu. Il y avait des toujours, des plus jamais, des éternités très longues, et des puits sans fonds sur lesquels je finissais (toujours, forcément toujours) par trouver une brèche pour remonter à la force du poignet (que j’ai fort malingre pourtant…). Je prenais ma posture de reine offensée, le naseau humide et les yeux vitreux en l’air, en disant « on ne m’y reprendra … plus jamais »…

Et puis j’ai eu une fille qui vit dans l’Absolu. Ses joies sont des immenses bonheurs, ses peines des volcans dévastateurs. Les voies de l’acide désoxyribonucléique sont impénétrables.

Elle a commencé à dégainer son « plus jamais ».

Et je suis devenue sage.

Il n’y a rien d’irrémédiable dans la vie. A part peut être la mort. En contrepartie, il n’y a rien d’immuable et de définitif. Mais cette assertion sera l’objet d’un autre verset dans l’Evangile selon Sainte Fanny.

Vazy, mate un peu comme je suis limite à me raser les cheveux et me vêtir d’une couverture orange en soulevant mes grosses fesses en l’air rien que par la force de la pensée.

J’ai fait une robe qui devait être une sorte de perfection divine tellement elle alliait le tissu sacré et le modèle suprême.  LA rencontre du destin.

Déjà, sur la voie de la sagesse, j’ai marché sur les charbons ardents. Quand j’ai flingué le tissu avec un gros trou de surjeteuse, alors que je n’avais pas un centimètre de rab, je ne me suis pas arraché un cheveu. J’ai pas pleuré. J’ai pas dit que je me servirais plus jamais de cette infâme machine démoniaque.

Je me suis servi de mes neurones, j’ai fait un peu de géométrie, et j’ai trouvé une solution invisible…

Et j’ai fini ma robe.
2014-10-13 20.17.15

Et ce n’était pas elle, que j’avais vu dans ma boule de cristal. Un je ne sais quoi de trop ou de pas assez…
J’aurais pu hurler à la tromperie, accuser le marchand de tissu, ou de patron, la rouler en boule et la mettre dans la litière des chats.

J’ai pris tout mon temps. Je l’ai observée, je l’ai aimée aussi. Je lui ai pardonné ses imperfections, mais je ne l’ai pas porté.

Et j’ai décidé.
Elle ne serait plus robe, mais tunique toute simple, plus facile à vivre, sans se sentir dénudée…
Il n’y a rien d’irrémédiable…

2014-11-20 22.04.18
2014-11-20 22.05.49
2014-11-20 22.09.31-1

tissu etoffe des héros (satin de coton, magnifique mais sans doute un peu léger pour la robe), patron Bleuet de Deer and Doe (je ne sais plus si je l’ai coupé en 38 ou en 40).

Les photos sont pourrites. C’est la faute à la fatalité du mois de Novembre, mais je ne pleure même pas le soleil qui est parti pour toujours et ne reviendra plus jamais…

Share Button