tenue de combat

J’étais  bien, dans les bois, au pays de l’éducation positive et de l’estime de soi…

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Avec mes nouveaux amis.

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Au bord des grands lacs,

 

 

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On respire…

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On vit

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On cicatrise…

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Maintenant il faut rentrer, préparer le terrain. Pacifier.

Si vis pacem para bellum, comme dit l’aut’.

Je suis prête au combat pour l’altérité, je ne laisserai rien passer. A commencer par les petits mots doux de ces si gentils élèves (« comment, tu ne te sens pas bien dans cette classe? Mais ils sont si gentils, si bien élevés… » disait le principal… ).

J’aspire au repos, au partage et à la fraternité, mais comme le félin je ne dormirai que d’un œil: le dogme, le conformisme, les idéologies sont insidieux: ils s’immiscent sans que tu ne t’en rendes compte, dans une chorale d’enfants (où l’on chante la bouche en cœur que les filles ont des tresses et pleurent quand les garçons les embêtent…), une salle des profs, une machine à café… une page facebook où l’on partage à tout-va, dans les mêmes cercles, les mêmes articles représentant ce qu’il faut penser dans le milieu…

Tenue de combat:

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Robe n°23 du Tendances Couture 2015 (sinon c’est un patron pochette Simplicity)

Taille 38/40: avec deux petites modifications: moins 2 cm de chaque côté à la poitrine et raccourcie de 15 cm.

Tissu po cher de Toto en jersey (je ne suis pas sûre qu’il soit complètement vegan, hein, à mon avis, y a un peu de pétrole dedans)

Je l’ai commencée pour le fun, en me disant « ça va être un gros flop, mémé style puissance4, et est ce que je vais assumer la 70’s teutch » et puis en fait, elle est très chouette, très agréable à porter, et ne fait pas plein de plis sous les fesses quand tu restes le cul sur ta chaise pendant 4h.

 

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portraits croisés

D’aussi loin que je me souvienne, il y a toujours eu décalage…

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A 5 ans, je jugeais ma maitresse idiote. Il faut dire qu’elle ne m’apprenait rien que ma soeur ne m’ait déjà enseigné, qu’elle ne voulait pas me laisser écrire comme les arabes, alors que c’était si simple, et en plus elle me séparait de ma copine alors qu’on n’avait rien fait.

A 5 ans, sa maitresse lui a dit qu’elle était idiote. Enfin plutôt à moi. Devant elle. « Non seulement elle ne parle pas, mais en plus elle ne comprend rien ».

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D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais été complètement sur la route. Littéraire en terminale scientifique, scientifique en classe prépa, pédago chez les prof, profs chez les territoriaux… D’aussi loin que je me souvienne, j’ai détesté les milieux, les influences, les groupes d’appartenance. Surtout les miens.  J’ai toujours eu, en particulier envers la bourgeoisie intellectuelle de gauche, la critique abrupte, la pensée séditieuse et le raisonnement rebelle. Pour apaiser mes errances métaphysiques et tempérer ma solitude, j’ai eu des amis. Ils sont souvent des illustres représentants de la bourgeoisie intellectuelle de gauche. Ils sont toujours là, depuis 20 ou 30 ans, ils rigolent en disant Fanny’s back, ils ferraillent, ils discutent, ils tempèrent. Ils savent que c’est le milieu, le système, les castes et non les individus que j’incrimine. J’ai trouvé une place, pas toujours complètement assumée, de vigie emmerdeuse, de grande gueule, de fille qui complique tout.

En plus, sur la route de la révolte spirituelle,  j’ai croisé un Dieu.

Mais pas n’importe lequel. Bour-Dieu. (et aussi mon directeur de DEA, qui m’a fait découvrir la Sainte parole et la pensée systémique).

Elle, tu le sais, elle a quitté la route, depuis un an et demi. Elle s’est enfermé très profondément dans sa tête. Les autres, les systèmes, les groupes, lui sont devenus insupportables. Elle n’était même pas en mesure de les critiquer, trop occupée à ne pas comprendre leur fonctionnement étrange. Elle n’a pas trouvé d’amis pour la cerner (il faut dire qu’elle a creusé un sacré fossé tout autour d’elle..) et soulager ses errances et sa solitude. Elle n’a pas pu verbaliser sa révolte, elle l’a seulement vécue comme une tempête brutale et dévastatrice.

La drôle de petite fille a disparu.

Un peu comme à 5 ans, elle a fait l’idiote. Une prof lui  a dit, comme en moyenne section, qu’elle « ne ferait jamais rien de sa vie« .

Et comme il y a 10 ans, elle se réveille et se décide à grandir.

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A 5 ans, elle a su lire juste après avoir commencé à parler. C’était bizarre.

A presque 15 ans, elle a décidé de poser des mots sur elle, elle a passé les tests de capacité intellectuelle, sans que jamais ce ne soit suggéré par l’institution scolaire (forcément, hein, elle ne comprend rien).

Très haut quotient intellectuel. THQI ou THPI dans le jargon des psy. Ouais, c’est le WISC IV qui l’a dit. Ouais, on explore un nouveau monde, une nouvelle communauté.

Elle a trouvé une place. une raison.

La tempête s’apaise. Elle commence à critiquer le système, et plus seulement à le souffrir.

Elle donne du grain à moudre à sa mère, toujours prompte à la fronde. Elle va trouver son Dieu. Sans doute pas le même que sa mère, il sera plus bohème, moins intellectuel et psychorigide…

Elle trouvera sa place, sans doute pas complètement dedans, juste assez près pour rigoler du spectacle, juste assez loin pour ne pas être la petite marionnette.

J’ai confiance et je l’aime.

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reconstructions

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Je t’ai maintes fois parlé d’Elle.

De son décrochage brutal en 4e, de son incapacité sociale, de ses angoisses et de son mal-être. De ses talents aussi.

Je t’ai parlé d’elle sans donner les mots des psys (zèbres, précoces, haut-potentiels…) pour plein de raisons, mais la première étant que je n’aime pas mettre les gens dans des cases. J’ai dit ses différences, et j’ai entendu quelques ricanements: oui, c’est bien un truc de bobos intello, de croire que ses sales mioches juste mal élevés sont des génies insoupçonnés…

J’ai lancé deux trois piques à l’Institution, pointé et exprimé des contradictions. J’ai remercié les individus, ceux qui ont pris quelques libertés avec les règles pour faciliter son chemin (de jolies volutes qui partent dans tous les sens…). Pas ceux qui l’ont jugée.

J’ai regardé derrière, regretté certains choix; mais c’est ainsi. Jeudi soir, à 22h 26, le verdict est tombé.

Héla, 14 ans, moyenne à 10  en 3e (dans une classe « d’élite »…) complètement non significative d’après les profs (les montagnes russes) est orientée en seconde professionnelle. Paraitrait qu’elle aurait des « capacités ». Mais pas de motivation pour en faire étalage. Orientation non souhaitée, je précise. Elle n’a aucun projet professionnel, ses seules envies sont littéraires et artistiques. J’ai cherché un BEP scénariste ou comédienne, ou compositrice de musiques de film, mais il semblerait que ça n’existe pas.

J’ai regardé derrière. Mes parents, qui ont eu leur bac à 20 ans, soit deux redoublements chacun.  Des amis, qui ont failli redoubler, ou  qui ont redoublé, une, deux fois … Aujourd’hui, ils sont médecin, chercheur à l’université, psy, enseignant…

J’ai regardé devant. Seconde « professionnelle » sans projet professionnel, sans projet tout court, sauf peut être celui de retrouver confiance en elle. Le chemin est plein de ronces.

Je ne cherche pas la polémique sur le redoublement. Je me dis qu’il permettait au moins la prise en compte de rythmes différents, et une seconde chance. En tout cas, avant, quand on avait le droit de perdre du temps.

J’ai regardé derrière. J’étais déléguée de classe en 3e. Je me suis battue bec et ongles, moi la timide, moi la « tête de classe » pour défendre une élève qui est allée en seconde, et a eu son bac. Il me semble qu’elle est devenue infirmière.

Je ne cherche pas la polémique sur l’institution. Dans tous les champs disciplinaires, les concepts qui remettent en cause (violence symbolique, pédagogie ouverte… va voir un peu maître Bourdieu et tous les grands pédagogues…) m’ont questionnés. Je me disais « tiens, c’est pas con, et si on pouvait grâce à eux…changer  le monde?… »  Et puis d’un coup, le concept, je l’ai vécu. Avec les tripes. Je l’ai un peu dit.

J’ai bien remarqué que mon discours dérange, tu sais. Je suis devenue infréquentable. Je suis le pur produit de l’institution, et je crache dedans, c’est mal.

Au début, c’était très douloureux. On y cherche sa faute, sa très grande faute, on la sent dans le regard de certains. Parfois on trouve une écoute et un regard bienveillant, on s’y accroche comme la moule à son rocher. « Le grand professeur de médecine trucmuche, tu sais, il m’a raconté: deux de ses enfants étaient a-scolaires. Il a dit avec un air de vieux sage chinois: il faut juste leur laisser le temps de se trouver« . Tu répètes la phrase comme une incantation magique.

(Et puis, comme le principal du collège, tu te dis que son brillant frère est une caution de bon parent, non? Je t’ai dit qu’il avait 18 de moyenne, les félicitations tous les trimestres, et un magnifique passage en second cycle en trompette?…Vous voyez, les gens, je peux être un peu fréquentable aussi…)

Il y a des groupes, des forums, des médecins, des psys… spécialisés. Ils peuvent être là pour te rassurer. Tester. Sans doute que c’est bien de mettre des mots. Les concepts sont inventés pour ça. Tu les entends dire: untel c’en est « un » (précoce, surdoué, zèbre, haut-potentiel, aux modalités d’apprentissage différentes..). ça fait sourire.

Mais j’ai lu, je l’ai retrouvée, j’ai repéré des pistes pour l’aider.

Pourtant ces dénominations  restent des cases. Une communauté qui rassure, dont l’objet est la réaction à la violence symbolique de l’institution. Je ne m’y reconnais pas complètement. Mais je n’ai pas d’autre choix, pour qu’elle se trouve, et pour que je l’accepte enfin.

Avec sa détresse, sa violence, et sa détermination à  ne pas être celle du moule, elle a creusé profond dans les fondations. Elle a foutu une sacrée zone dans les soutènements.

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Je range tout doucement. Je fais du tri, je redéfinis les priorités, et je n’encombre pas les étais, encore un peu malingres, avec des justifications à donner, des frustrations, des incompréhensions. Accepte que l’étai soit fragile, rebelle et révolté, mais ne viens pas me donner des leçons pour le poser, je n’en ai pas besoin.

Je range tout doucement…

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(je ne t’avais pas montré ma nouvelle cuisine? Et ben voilà c’est fait..)

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Just like a woman

Elle mange. Un peu comme un petit animal affamé, à ras de l’assiette, les fesses à environ 100 mètres derrière, sans doute pour gagner 30 millisecondes à la sortie de table, des fois qu’on lui poserait des questions. « t’as eu des notes? » Petite voix guillerette et enjouée, comment je devrais faire du théâtre dans la vie.

Soudain, elle lève la tête et te projette ses yeux bleus, très bleus, très loin dans ton âme.

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« Comment t’as su que tu étais devenue une femme? »

J’aurais bien tenté le « Et pis sinon, t’as fait quoi en maths, et t’as vu, Martine a nettoyé les carreaux », ou bien n’importe quoi d’autre  mais j’ai même pas pu. Le blanc. Voir même le noir. Trou, le noir.

« – Heeeeeeeuuuuu, tu veux dire, plutôt qu’un homme?  (ouais, je sais, c’est con comme réponse, je te la prête, si tu te moques, tu verras, c’est un très bon entrainement pour répondre à tous les inattendus de la vie.)

– Ben non, comment tu es passée de fille à femme? Quand est ce que tu as su, quoi? »

Bon. J’ai fait une pov’ réponse de mère responsable, genre quand tu sais être autonome, raisonnable, adulte, et que tu assumes ce que tu fais. J’ai vu à son petit sourire en coin qu’elle n’était pas dupe. Elle s’est penché sur son assiette et a lapé le fond. Game over.

J’aurais peut être pu lui expliquer, entre la soupe et le fromage, que c’était très récent. Sans doute pas complètement assumé encore.

J’aurais pu lui dire que mon corps a gardé la mémoire de la petite fille microscopique que j’étais. Il en a conservé deux trois vestiges: les mains, les pieds, les orteils. Et qu’il a fallu longtemps avant d’accepter toutes les transformations qu’il a subies: hop, 3 km de fémur et te voilà à un mètre 70, en contrepartie, le buste qui s’étoffe en profondeur, à égalité avec le postérieur qui ne veut plus rentrer dans les 501. C’aurait été bien de lui raconter que je l’ai un peu enfoui, oublié, laissé en stand by pendant de nombreuses années, le laissant végéter dans son gras rassurant et maternant.

Sans doute que de lui expliquer qu’on devient « femme » quand on accepte son corps et le regard que les autres portent dessus, aurait été plus utile pour elle que de lui proposer un yaourt.

Je n’ai pas pu.

« J’espère que je vais te ressembler quand je serais une femme ».

Qu’elle a dit en sortant de table.

« Sauf le nez parce que j’aime pas ton nez ».

C’est peut être parce que je portais un short de femme, va savoir. Un truc cousu exprès pour qu’on regarde pas mon nez…

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Modèle Châtaigne de Deer and Doe, taille 40. J’ai fait la version taille basse à revers. Je me tâte pour essayer en 38 pour le prochain, même si j’aime bien son tombé sur les hanches. Un vrai plaisir à coudre.. C’aurait dû être le 2e, j’avais commencé une toile… sauf que j’ai cousu les poches sur l’entrejambe alors il a fini à la poubelle. (même les femmes font des erreurs de fillette!). Je n’ai pas fait les pinces, ce n’est pas tout à fait exprès (j’ai un peu oublié en fait, mais finalement, je ne sais pas par quelle magie du Dieu de la couture, je trouve que le rendu est sympa comme ça)

Lainage Toto, arrachage de cerveau sur les carreaux, que j’ai pris à l’envers du droit fil, parce que je les préférais en longueur.

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I am you

Je ne sais pas si tu as des enfants, toi lecteur, mais moi j’en ai quelques uns. Je t’avoue que cette expérience est particulièrement enrichissante dans la construction de mon identité, et notamment dans la remise en cause de mes certitudes et de mes convictions. Tout le monde a  connu le dogme de l’antitétine, du tout allaitement/pas d’allaitement, des petits pots vs nourriture maison, toussa toussa: avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants, c’est bien connu.

Pour moi, c’est même allé bien au delà.  C’est carrément ma conception du rapport à l’autre qui a été modifiée, en particulier par un petit concentré d’intelligence explosive et d’émotion pure, qui se trouve être ma première née.

J’ai mis quelques mots sur elle dans ces pages: elle ne correspond pas aux « modèles » de développement, elle ne fait rien dans l’ordre annoncé, elle refuse toute aide extérieure.

Pendant longtemps, en croyant la soutenir, j’ai tout fait pour elle. Ou à sa place à elle. Un emploi du temps pour les devoirs, des fiches de révisions, des horaires, ranger sa chambre et faire son lit… J’ai pensé à sa place.  J’ai interprété son fonctionnement en fonction du mien: tu n’es pas organisée, tu es lente, tu es douée en musique, tu es ceci, tu es cela.. Je lui ai imposé ma propre vision du monde et mes valeurs. Je l’ai empêché de se construire le sien.

Elle s’en est accommodée jusqu’à la rupture (dont je ne suis pas seule responsable, évidemment).

Depuis, je ne pense pas à sa place, et je lui fais confiance. Je ne lui dis pas ce qu’elle est ou ce qu’elle n’est pas. C’est elle qui le trouve.

Je n’ai pas regardé ses notes depuis 2 mois. Je ne vais pas aux réunions parents/profs. Je n’interviens que pour les fondamentaux, les valeurs communes de la famille, que l’on construit ensemble (durée de la douche, partage des tâches., attitudes…)

J’essaie d’être aimante et bienveillante. Juste cela. A l’écoute lorsqu’elle demande.

Lorsqu’elle allait mal, toutes les valeurs qui étaient nôtres étaient sérieusement malmenées: respect de l’autre, travail, écologie…

Aujourd’hui, je lis ça sur son questionnaire Onisep d’orientation de fin de 3e

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(et d’autres choses comme « je n’aime pas qu’on décide pour moi » et  » je ne me décourage pas facilement »…) et je sais qu’elle le pense.

Elle construit ses propres valeurs… qui ne sont pas très éloignées des nôtres.

Je sais que ma propre peur de son échec, et ma volonté de le dominer a entrainé sa rupture. Je ne cherche donc plus à changer, ni à imposer: je cherche à comprendre. Je n’ai plus peur. Sans doute fera t-elle une troisième pourrie, je ne sais pas comment elle réagira au lycée. Tant que je l’aime et qu’on se parle, je m’en fous. J’ai de toute façon confiance en son intelligence et son talent.

Elle a changé mon rapport aux autres en ce sens où je ne tente plus  d’imposer mon système de valeurs, à convaincre. Je me  positionne dans le cerveau de l’autre. C’est très grisant, de pénétrer ainsi mille cerveaux, d’embrasser mille façons de penser, mille échelles de valeurs, et finalement vachement moins ennuyeux que de penser tous pareils, ce qui est un peu le lot de nos sociétés à la fois hyper individualistes et emmurées dans le communautarisme (je ne pense pas spécialement aux communautés religieuses, mais surtout aux cercles professionnels, syndicaux, politiques ou même de loisirs, qui sont fortement générateurs de pensées grégaires…)

Je ne dis pas que j’y arrive tout le temps, mais je tente, dans ma vie professionnelle comme personnelle, d’adopter la bienveillance comme principe fondamental de toute relation. Il faut une bonne dose de contrôle de soi, ouais. Je te dis pas que c’est simple tout les jours, et que le premier réflexe n’est pas l’énervement, la peur, la colère, voire le repli sur ses petites certitudes.

Quand j’ai lu cet article d’Elisabeth Badinter, que par ailleurs je respecte comme une très grande dame de la cause féministe à laquelle je suis fort attachée, je me suis dit qu’elle adoptait exactement l’attitude de la mère que j’étais, avant. Et que si ma fille avait l’idée saugrenue de porter le voile, je pourrais être sûre qu’elle y ajouterait la Burqa dessous.

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Et quand j’ai entendu cette émission de France Inter  ce midi, j’ai pensé qu’il était temps de prôner la bienveillance, éducative, sociale, politique, et même personnelle et intime, après tout.

… parce que les valeurs d’une société ne sont pas figées dans le marbre, elles ne doivent pas être imposées par une élite sûre de son bon droit. Même si ce droit parait juste.

Elles sont à construire ensemble.

 

 

 

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Septembre trompeur

Je crois bien qu’il sait que je ne l’aime pas.

J’ai le juin oppressant, et le septembre pesant.

Ce n’est plus ma rentrée qui m’angoisse. Pour moi, c’est fini, les affectations au premier septembre, les organisations à l’arrache , et les 6 niveaux à préparer en 2 jours. Ce n’est pas que je glande au boulot, mais j’ai pu préparer le rush de septembre. (à peu près…)

Celle d’Héla en revanche (je vous rappelle que je ne mets plus son prénom, pas très commun, sur le blog, à sa demande…) était pleine de doutes et d’incertitudes.

A demis mots, j’en ai parlé ici. Y a plein de débats sur ces enfants là (« haut potentiel », « précoce », » zèbre »), je n’y participe pas. Je ne sais pas ce qu’elle est, je sais juste qu’ elle a des qualités peu communes (mémoire quasi photographique, rapidité d’analyse, motricité et capacité de reproduction immédiate, oreille absolue, grande sensibilité…) et des incapacités très invalidantes: décomposer le cheminement de sa pensée, se plier à des exigences qu’elle ne comprend pas. Inapte à l’organisation scolaire du collège, inapte aux relations adolescentes structurées en bandes, en groupes, en communautés pour se protéger des autres.

La 4e, ça été l’année de la peur. Peur de l’échec, paralysant toute volonté. Peur du regard des autres. Peur des groupes. Peur de se faire imposer une vie par les adultes (« non, je se serais pas violoniste, même si je suis douée pour ça »).

Elle a craché comme le petit chat qui fait le gros dos, pendant quelques mois. Elle a crié sa peur.

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On l’a laissé se reconstruire, tant pis pour les notes, tant pis pour la musique, tant pis pour les anciennes « amies » qui sont devenues des accusatrices aux regards noirs et aux silences blessants.

On a vu de magnifiques sourires cet été.

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Des discussions métaphysiques et d’autres qui tournent en rond. Parfois, le petit chat a craché un peu. Mais globalement, elle s’est accrochée.

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Il a fallu y retourner.

Il faut tenir les engagements: aller en cours, même quand la peur est là, travailler.

Il faut affronter les regards accusateurs, le mépris, les petits mots blessants qu’on lance à celle qui n’a pas de « bande ». Il faut réagir avec dignité, et ne pas les provoquer en faisant le petit chat qui crache.

Cette rentrée là, c’est celle que je craignais le plus.

Elle s’est passée. Plutôt bien. Cours ma belle…

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Tu vas y arriver.

On est bien loin du septembre gris et mouillé que j’attendais. Ce septembre est trompeur. Je crois bien qu’il veut que je l’aime.

Du coup, les projets d’hiver sont retardés.

Et j’ai cousu du soleil, du rose et des fleurs.

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Petit bustier « patron maison », une bidouille à partir de cette robe…

Je crois que le tissu vient de Ma Petite Mercerie, acheté exprès pour remettre ce pantalon Moloko très joliment coupé, qui doit avoir 6 ou 7 ans (et qui, du fait de sa taille 38, n’est pas sorti du placard pendant quelques années… -zavez vu comme je dis très délicatement que j’ai minci et que je rentre dans du 38, ouais ouais, j’me la pète, je sais, je sais…)

 

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Le temps des mots

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Un jour je trouverai les mots.

Les mots justes qui racontent les rayures anarchistes du zèbre. Celles qui ne sont pas comme les autres, pas assez alignées, trop tordues, trop personnelles pour une adolescente qui voudrait ne pas être vue, ne pas être différente du troupeau. 

Les cris, les colères, les déceptions, les apaisements.

Les mots qui ne dénaturent pas, qui expliquent sans discourir, qui éclaircissent sans exhiber.

Je pense que c’est ici que je viendrais les poser.

Je les cherche. Ils prennent le temps.

Ils s’adoucissent et se raisonnent, quand une petite lucarne s’ouvre sur la  citadelle imprenable du cerveau reclus, apeuré, emmuré.

Ils deviennent amers, quand les peurs viennent engloutir les efforts en quelques secondes, tsunami dévastateur ne laissant sur son passage que l’impression d’un immense gâchis.

Quand elle aura décidé d’affronter le monde, quand elle voudra bien accepter d’avoir une perle rare et de l’exhiber sans honte, sans doute les mots viendront tout seuls, expliquer la douleur de ces enfants un peu différents que certains qualifient de zèbres. J’encouragerai, je conseillerai. Je raconterai avec un peu de cynisme désabusé l’inadaptation de l’institution, et les bonnes volontés salvatrices (quelques profs que je ne remercierai jamais assez).

 Il n’y a pas eu de musique, il n’y a pas eu d’amis invités qui remplissent la maison de joies, de notes et de jeux, même débiles…, il n’y a pas eu de ces petites fiertés parentales qui te font croire que tu réussis ta mission éducative. Il a fallu se contenter. Se mettre en cause. Prioriser. Trouver les brèches pour rentrer dans la forteresse, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit.  Ménager les petits frères inquiets. Il a fallu résister au découragement. Ne pas coller sa valise sur le seuil de la maison. 

Rire avec l’indiscible. Parce que c’est ce qui « marche » le mieux.

« Si tu te suicides tu seras privée d’ordinateur toute ta vie« 

Trouver la force de la dérision pour revenir à la raison.

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La perle

Il m’a fallu 12 ans et demi pour en avoir une conscience claire et nette, comme une révélation. Petite souris, cheval sauvage, dragon, sont les clichés animaliers qui s’imposent quand on te regarde vivre.

Il y a sans doute un peu de ce bestiaire en toi. Quand tu vas bien.

Mais régulièrement, depuis 12 ans et demi, il a des moments où c’est dans l’aquatique que tu te réfugies. Le homard, qui change sa carapace, oui, ça tu l’as lu, et compris. Mais c’est beaucoup plus ancré que cela. Plus ancien. Plus incompréhensible et sournois.

Tu as peur de ne pas y arriver. Comme beaucoup d’enfants, c’est sûr. Mais toi tu n’essaies pas si tu as peur. Je me souviens de ces yeux tristes et vides que tu m’as lancés quand la maitresse de moyenne section m’a dit, devant toi  » mais non seulement elle ne parle pas bien, mais en plus elle ne comprend rien »!.

Tu es resté accrochée au rocher. Et tu t’es fermée, petite huitre fragile et solide.

Les adultes ont frappé à la coquille. Parfois violemment, comme cette maitresse dont je n’oublierai jamais l’incompétence. Les adultes ne comprennent pas que tu n’acceptes pas leur aide. Mais tu es comme ça. C’est quand tu l’as décidé. Quand tu ouvres la coquille, quand tu es prête.

C’est drôle comme on oublie. A 5 ans, tu ne parlais pas, ou si peu,  tu dessinais mal sur un tout petit côté de la feuille et tu n’écrivais pas ton prénom. A 6 ans tu savais lire et compter. Bien sûr, tu as pu retrouver ta coquille pour des choses angoissantes pour toi, comme la géométrie, mais on a enfoui ça dans les tréfonds de nos angoisses de parents…

Après tu as été classée « bonne élève ». Timide, pas toujours régulière, parfois surprenante. Des petits séjours dans la coquille périodiques, mais de courte durée. La confiance était là.

A la lecture de tes bulletins, qui ne sont pas si mauvais, ça m’a sauté aux yeux. Pourquoi tant de violence, de mots durs, de jugements, dans les appréciations des enseignants?

14 de moyenne en 5e, certes, c’est beaucoup moins bien qu’avant, mais ça reste correct. En 2e année de second cycle en formation musicale, lauréate à un concours de violon national, tu vas peut être préparer le 3e cycle en fin d’année, si tu es prête. Et quoi, si tu redoubles ton année de FM, tu ne seras pas la première, non?…. Et si tu n’entres pas en 3e cycle à 12 ans et demi, on n’en fera peut être pas une jaunisse?

Tu as souvent ces grands yeux vides, comme à 4 ans. Fermée sur ton rocher. Les adultes, et tes parents aussi, frappent de plus en plus fort, te somment de t’ouvrir, te proposent des contrats et des ultimatums.

Ce n’est pas de la mauvaise volonté, je pense. Pour t’avoir vu en larmes parce que tu n’arrivais pas à faire ton exercice de FM, je crois bien que l’huitre est une solution de survie. Tu n’oses affronter ce que tu ne sais pas faire. Comme à 4 ans. Alors tu dissimules, derrière une fausse désinvolture et des petits mensonges.

Peut-être parce que chacun y voit la perle. Et croit bien faire. « Accepte notre aide » entends tu de toute part. Et plus on tape sur la coquille, plus tu te fermes.

Peut-être n’es tu tout simplement pas prête. Comme à 4 ans. Peut-être peut-on se contenter de ce que tu nous offres. La perle est déjà bien jolie…

 

 

Sicilienne et Rigaudon Kreizler 30032013 from Fanny on Vimeo.

 

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Hey, Skinny Love…

Je reprends le titre de ta chanson préférée. Et ma foi question musique tu n’as pas trop des goûts de chiottes pour une ado.

Je ne suis pas sûre que tu aies bien conscience de ce que tu engendres. De ce que tu inspires. Tu nous en fait baver des ronds de chapeaux, avec tes sautes d’humeurs, tes interrogations métaphysiques, ton cerveau droit prédominant, et ton appréhension du monde en mode « sensitif » uniquement.

Quand tu as voulu passer un concours, pour voir, si tu voulais vraiment être violoniste, si tu avais « le niveau », si tu étais capable de bosser le morceau à fond, on a dit oui. On peut pas dire que ça ne nous met pas dans des contradictions un peu schizophrènes. Le concours de musique, c’est la parfaite illustration de l’archaïsme de l’enseignement artistique: l’élitisme, le culte du classement, la reproduction du modèle social dominant, toussa toussa. N’empêche que bon, on a payé les frais d’inscription, pis tu nous les rembourses si tu ne glandes rien, hein, si tu le passes,  tu t’en donnes les moyens.

Encore une fois, il a fallu te pousser un peu aux fesses. Mais pendant un mois, tu as bossé presque une heure par jour. On s’y est pris un peu tard, un mois pour bosser ce morceau… c’est un peu court. C’est pas vraiment de ta faute: c’est qu’on a hésité: oui/non/peut être…

Évidement, tu as quand même réussi à te faire virer d’un cours (trop en retard…) et à « oublier » une répétition avec piano. Sinon ç’aurait pas été drôle. Mais avant d’avoir la grippe, la semaine dernière, on se disait que ça te servirait de leçon, tu verrais (avec les autres candidats) comment on fait pour travailler. Avec la grippe, les cours et répet manquées, on a pensé qu’on irait pas, mais bon vraiment c’était pas d’ta faute, alors c’est d’accord, les frais d’inscriptions, on les paie, t’inquiète. Mais non, tu as voulu y aller.

En vérifiant le règlement du concours, la veille, à 21 heures on a vu qu’il fallait jouer sans partition. C’est que heu…. tu le sais par cœur? Non? Tu sais, si tu veux on y va pas, hein… C’est pas grave, tu as des excuses quand même.

« Si j’y vais, je veux y aller », tu as dit, avec ton regard de tueuse. Je vais l’apprendre dans la voiture demain. Je le sais presque. Y a que 5 pages…

D’façon on voulait aller au Palais de la Découverte, alors c’est pas grave, ça nous fera une excuse, qu’on s’est dit.

On y est allé, tu as joué. Très bien joué.  Je n’ai rien vu tellement j’ai écouté. Avec le cœur serré, très fort.

On t’a trouvé des excuses pour les imperfections, on est tes parents. Mais tu n’étais pas contente de toi. L’année prochaine je le refais, tu as dit, et cette fois, je m’y prendrais deux mois à l’avance.

On t’a rassurée: tu ne seras pas « classée », y a eu ce petit trou de mémoire, et puis l’important, c’est que tu te sois surpassée.

Hey, Skinny Love… c’est vrai que tu n’es pas très économe avec nos petits coeurs et nos nerfs…

Mais vraiment, on est content que tu sois dans les « lauréats » et que tu rejoues à Paris dans deux mois.

Si vous voulez la regarder en vrai, c’est , demandez moi le mot de passe par mail…

 

 

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Bonne année, mon cul! (et chemise)

« C’est net, c’est sobre et ça vole suffisamment bas pour que les grossiers trouvent ça vulgaire ».

T’as raison, toi, la blogueuse bonnes manières, ça commence mal, le cru 2013.

M’enfin, je te ferai dire que:

1/ C’est une citation du Grand Homme. Celui qui aime les pangolins et décrit si bien l’Italie. Mon mètre à panser, en quelque sorte.

2/ J’aime pô les bons voeux. Certes, je souhaite à tout le monde de ne pas bouffer les pissenlits par les racines, de ne pas payer 75% d’impôts, ça rend idiot, de ne pas regarder « l’amour est dans le pré », de ne pas écouter Céline Dion. M’enfin quoi que je dise, je doute fort de l’impact de mes incantations. Si ça marchait, peut être que cela pourrait commencer par moi, non?

3/ Putain de bordel. Une petite visite aux urgences dès le 1er (rien de grave, un petit steak de menton suite à accident de trottinette); une grand mère qui se fait la malle le 3, et je ne te parle pas du boulot (le mien, le sien…) parce que je ne peux pas. Janvier commence merdique. On peut  dire que l’expression se justifie.

Donc en conséquence de quoi, je te souhaite une bonne année mon cul, car pour l’instant tu te tires assez bien de ce chaos, veinard.

Et à tous les culs du monde, lecteurs occasionnels ou non, culs serrés, culs bénis, culs terreux, culs nus, culs secs et même trous du cul. Que votre année soit douce. Ne passez pas par dessus tête, c’est très mauvais pour le dos.

Sinon, à part ça, ça va.

C’était bien les vacances. J’ai eu une une chouette ado à la maison. Elle s’est occupé des petits (frères, cousins, cousines) avec le sourire, elle a travaillé son violon avec plaisir, elle a appris à faire des bracelets brésiliens et commencé un porte-monnaie en tricot.

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(Modèle Carlotta de Citronille, taille 12 ans en largeur et 16 ans en longueur, tissu en lainage Mondial Tissu, doublure en jersey (deux couleurs différentes, j’ai fait avec les restes: les manches sont turquoises pour faire un joli revers…). Bordure en tresse (genre bord côte mais très fin) trouvé à la mercerie du coin, cordonnet en surpiqûres doubles)

Dès Lundi, malheureusement, miss’ Hyde (ses yeux au ciel, ses angoisses, ses doutes, son regard dans le vide, ses irrépressibles  envies d’écran, ses petits mensonges) est revenue.

Bonne année, son cul, donc. En espérant qu’ il trouve enfin la bonne chaise…

 

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