Robe Toulouse pour défi Normand

Ce week end, je suis allée à Toulouse.

J’aurai pu te mettre la chanson dédiée mais non, c’est celle ci qui me vient à l’esprit quand je pense à ce que j’y ai pris/appris…

J’y ai mis ma robe du défi Normand…

Le défi Normand, c’est le meilleur du web, qui fait naitre des communautés, se rencontrer des personnes complètement différentes dans le respect et la bienveillance.

Mélanie explique tout ça très bien, allez donc cliquer sur son blog (et regardez un peu son immense talent et sa créativité incroyable!), et en même temps chez toutes les copines en lien!

Ce que j’adore dans ce défi, c’est la façon dont la créativité de chacune s’exprime totalement différemment et révèle nos personnalités.

So sexy pour la mienne on a dit. Ah ouais?

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Cette robe est une grosse bidouille comme d’habitude, à partir d’un patron Mc Calls fort retouché (M7241).

J’ai creusé l’encolure, rajouté un col Claudine, tout doublé, cintré….

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En vrai, avec un petit peu de repassage, le col ne remonte pas , mais j’étais pressée de faire les photos!

Tissu Défi Normand Toto (version à pois rose) et coupon de popeline de la cave qui pue  de Toto Rouen (j’adore l’imprimé)

 

 

 

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Relier…

 

On pourrait croire que je ne fais pas grand chose… C’est vrai, je me suis un peu isolée des réseaux sociaux, je me contente d’un peu de couture accompagnée de quelques mots ciblés. J’ai déjà beaucoup de robes et je ne peux pas tout montrer, et  pas tout dire non plus…

Tu te souviens, ce blog était un peu anarchiste. J’y notais mes énervements, mes contradictions, mes paradoxes avec un zeste d’espièglerie et de mauvaise foi sans doute.

C’était avant l’année dernière.  Depuis le 7 janvier, je cherche. Quoi faire, comment s’investir, tisser du lien. Je refuse la peur dans le bus et le train. Je souris aux barbes, pantalons courts et voiles, je cherche l’humain derrière le dogme.

L’année 2016 m’a amené l’écrin; l’idée précieuse était dedans, comme un cadeau.

Toi qui me connais un peu, depuis 8 ans que je noircis ces pages, va voir un peu par : c’est un autre moi, plus professionnel mais toujours un peu anarchiste et engagé.

C’est un projet un peu fou, militant du partage et de l’altruisme.

Depuis 2 mois j’y consacre l’essentiel de mon temps libre: je lis, je veille, je wordpress, je gimp et j’inskape, je parcours tous les méandres du net: que cet espace est généreux!

Depuis 2 mois, j’ai bien envie de t’en parler, mais j’attendais que tout soit prêt, que le site soit en ligne, le projet défini, mon binôme disponible. Aujourd’hui c’est fait.  Il reste à le construire. Il a besoin de toutes les énergies, toutes les volontés, toutes les compétences.

Il a besoin de vous: du simple partage de l’information à l’engagement dans l’association, toutes les voies sont possibles et posent une petite pierre à la fondation de la Fabrique

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Je suis Charlaïque

29 octobre 312.

C’est la date qui s’affiche partout sur les panneaux publicitaires de la ville.

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C’est ce que tu peux voir sur la magnifique canette bleue qui orne nos quais et raccourcit nos espaces de jogging.

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C’est la date qu’a choisie de célébrer notre bonne Métropole.

Voici ce qu’on lit sur les prospectus.

« Le panorama de « ROME 312 » présente un épisode majeur de la Rome Antique : le triomphe de l’Empereur Constantin et de son armée après sa victoire sur Maxence, le 29 octobre 312. C’est une ambiance de fête et de triomphe qui règne dans la ville.

Rome 312 emmène les visiteurs au cœur de la Rome antique à l’apogée de sa splendeur architecturale pour vivre un moment historique qui a changé la face du monde.

ROME 312 représente également l’entrée triomphale de l’Empereur Constantin et de ses légions dans Rome, après avoir vaincu Maxence en 312 après J.-C. Les tenues des soldats, la bande sonore, les jeux de lumière… permettent aux visiteurs d’être au cœur de l’action. Selon la légende, Constantin avait décidé de répandre la parole du Christianisme la veille-même de la bataille, après avoir eu une vision de la Croix sur laquelle était inscrit «Par ce signe tu vaincras». Il fit alors ajouter le signe de la croix (le labarum) sur les boucliers et les étendards, avant d’aller vaincre son rival. Il faut cependant garder à l’esprit qu’à peine quelques années auparavant, les premiers chrétiens étaient encore brutalement persécutés. »

C’est donc le triomphe du christianisme. L’empire enfin unifié à la grâce de Dieu.

Tu sais ce qu’on trouve sur gogole, comme images, quand on tape 29 octobre 312?….

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Dorénavant, je ne manquerai pas de signaler ce choix hautement symbolique . Même si le devoir de réserve m’empêche de dire ici tout le mal bien que je pense de cette magistrale oeuvre architecturale et artistique qu’est le Panorama…

En décembre dernier, Gabriel a participé au concert  « les petits animaux chantent Noël » au Conservatoire (public – et dans le cadre scolaire, puisqu’il est en horaires aménagés). Ela et Simon ont chanté (enfin se sont planqué derrière les autres pour faire semblant) dans l’église Saint Trucmuche, sous l’oeil larmoyant des parents attendris par la Grâce de ces chants religieux. Simon m’a dit quand je suis venue les chercher à 19h30 sans avoir assisté à cette petite sauterie carmélite entre gens de bonne Foi « maman, t’as carrément bien fait de pas venir, c’était « Jésus revient parmi les siens ».

Dorénavant, je refuserai que mes enfants participent à un quelconque concert de Noël. Sauf si le Conservatoire organise en contrepartie un concert de l’Aïd ou Yom Kippour.

Laïcité: »système qui exclut les Eglises des pouvoirs politiques et administratifs » (Petit Larousse)

Peut-on prôner, promouvoir et enseigner la laïcité, si les institutions, ostensiblement, ne la respectent pas, au nom de la tradition?

Comment, aujourd’hui, ces petits arrangements avec le credo laïc peuvent-ils être perçus par les « minorités religieuses » (rien que le terme en est une négation…) , à qui l’on interdit de faire montre de leur croyance  ? Comment former les enseignants à évangéliser les impies religieux intégristes à la valeur suprême laïque, si les signes ostentatoires du fondement chrétien de notre patrie sont à ce point visibles?…

(J’ai des amis catholiques pratiquant et je suis passionnée par l’histoire des religions monothéistes, je précise au cas où on m’accuserait d’être une sorte de laïcarde réactionnaire  d’un autre temps…)
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I am you

Je ne sais pas si tu as des enfants, toi lecteur, mais moi j’en ai quelques uns. Je t’avoue que cette expérience est particulièrement enrichissante dans la construction de mon identité, et notamment dans la remise en cause de mes certitudes et de mes convictions. Tout le monde a  connu le dogme de l’antitétine, du tout allaitement/pas d’allaitement, des petits pots vs nourriture maison, toussa toussa: avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants, c’est bien connu.

Pour moi, c’est même allé bien au delà.  C’est carrément ma conception du rapport à l’autre qui a été modifiée, en particulier par un petit concentré d’intelligence explosive et d’émotion pure, qui se trouve être ma première née.

J’ai mis quelques mots sur elle dans ces pages: elle ne correspond pas aux « modèles » de développement, elle ne fait rien dans l’ordre annoncé, elle refuse toute aide extérieure.

Pendant longtemps, en croyant la soutenir, j’ai tout fait pour elle. Ou à sa place à elle. Un emploi du temps pour les devoirs, des fiches de révisions, des horaires, ranger sa chambre et faire son lit… J’ai pensé à sa place.  J’ai interprété son fonctionnement en fonction du mien: tu n’es pas organisée, tu es lente, tu es douée en musique, tu es ceci, tu es cela.. Je lui ai imposé ma propre vision du monde et mes valeurs. Je l’ai empêché de se construire le sien.

Elle s’en est accommodée jusqu’à la rupture (dont je ne suis pas seule responsable, évidemment).

Depuis, je ne pense pas à sa place, et je lui fais confiance. Je ne lui dis pas ce qu’elle est ou ce qu’elle n’est pas. C’est elle qui le trouve.

Je n’ai pas regardé ses notes depuis 2 mois. Je ne vais pas aux réunions parents/profs. Je n’interviens que pour les fondamentaux, les valeurs communes de la famille, que l’on construit ensemble (durée de la douche, partage des tâches., attitudes…)

J’essaie d’être aimante et bienveillante. Juste cela. A l’écoute lorsqu’elle demande.

Lorsqu’elle allait mal, toutes les valeurs qui étaient nôtres étaient sérieusement malmenées: respect de l’autre, travail, écologie…

Aujourd’hui, je lis ça sur son questionnaire Onisep d’orientation de fin de 3e

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(et d’autres choses comme « je n’aime pas qu’on décide pour moi » et  » je ne me décourage pas facilement »…) et je sais qu’elle le pense.

Elle construit ses propres valeurs… qui ne sont pas très éloignées des nôtres.

Je sais que ma propre peur de son échec, et ma volonté de le dominer a entrainé sa rupture. Je ne cherche donc plus à changer, ni à imposer: je cherche à comprendre. Je n’ai plus peur. Sans doute fera t-elle une troisième pourrie, je ne sais pas comment elle réagira au lycée. Tant que je l’aime et qu’on se parle, je m’en fous. J’ai de toute façon confiance en son intelligence et son talent.

Elle a changé mon rapport aux autres en ce sens où je ne tente plus  d’imposer mon système de valeurs, à convaincre. Je me  positionne dans le cerveau de l’autre. C’est très grisant, de pénétrer ainsi mille cerveaux, d’embrasser mille façons de penser, mille échelles de valeurs, et finalement vachement moins ennuyeux que de penser tous pareils, ce qui est un peu le lot de nos sociétés à la fois hyper individualistes et emmurées dans le communautarisme (je ne pense pas spécialement aux communautés religieuses, mais surtout aux cercles professionnels, syndicaux, politiques ou même de loisirs, qui sont fortement générateurs de pensées grégaires…)

Je ne dis pas que j’y arrive tout le temps, mais je tente, dans ma vie professionnelle comme personnelle, d’adopter la bienveillance comme principe fondamental de toute relation. Il faut une bonne dose de contrôle de soi, ouais. Je te dis pas que c’est simple tout les jours, et que le premier réflexe n’est pas l’énervement, la peur, la colère, voire le repli sur ses petites certitudes.

Quand j’ai lu cet article d’Elisabeth Badinter, que par ailleurs je respecte comme une très grande dame de la cause féministe à laquelle je suis fort attachée, je me suis dit qu’elle adoptait exactement l’attitude de la mère que j’étais, avant. Et que si ma fille avait l’idée saugrenue de porter le voile, je pourrais être sûre qu’elle y ajouterait la Burqa dessous.

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Et quand j’ai entendu cette émission de France Inter  ce midi, j’ai pensé qu’il était temps de prôner la bienveillance, éducative, sociale, politique, et même personnelle et intime, après tout.

… parce que les valeurs d’une société ne sont pas figées dans le marbre, elles ne doivent pas être imposées par une élite sûre de son bon droit. Même si ce droit parait juste.

Elles sont à construire ensemble.

 

 

 

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Le tigre et le sage

Heu… salut, ça va?

Vous avez bien lu ce à quoi vous vous êtes abonnés, les gens?

Si vous voulez des blogs intelligents, documentés, intellectuels…  je vous le dis, là, entre nous, je crois que vous vous êtes trompés d’adresse.

Je te le confesse, nouveau lecteur dupé, tu ne trouveras pas là de revue de presse, d’éditorial réfléchi, de pensée systématiquement nouvelle. Ce blog n’est pas un blog d’opinion tranchée, de certitudes, de dogmes et d’idéologie.

Ce blog parle de moi et de mon rapport au monde. Essentiellement le mien, l’intime, et le social. Je n’y prétends pas la vérité absolue. J’écris juste mon regard, nourri de quelques lectures, des valeurs qui sont miennes, sous l’influence de mon cerveau, que je commence à bien connaitre depuis le temps qu’on partage nos poux. C’est vrai qu’il n’a pas l’instinct grégaire.

Oui, tu auras pu lire quelques articles engagés, mais c’est une imposture. Dans le foyer, la militante, ce n’est pas moi, mais plutôt mon collocataire, avec qui je partage mon lit, quelques enfants, les tâches ménagères et des maladies vénériennes ramenées de l’hôpital (j’déconne, t’énerve pas…)

Si la défense de l’hôpital public t’intéresse, les liens sont là:

L’impertinent et le président

Le petit anesthésiste public

Néanmoins, j’ai beaucoup lu depuis une semaine. La faute aux amis qui pensent que je suis devenue une enragée de l’escarmouche verbale, de la synthèse et de la polémique.

La rhétorique de la guerre est dans tous les discours, l’union nationale est belliqueuse. La guerre contre le fanatisme, la guerre contre les réseaux terroristes, la guerre contre la terreur et l’autocensure, afin de sauver les valeurs fondamentales de notre société. Cette guerre est forcément légitime: l’Union Sacrée contre l’Ennemi tapi dans l’ombre. Ca va se gâter quand on va passer aux moyens, mais pas sûre que la gauche s’insurge contre les mesures d’espionnage légèrement liberticides aux entournures qui s’imposeront.

Ce matin, ma fille, de fort méchante humeur murmurait, en dissimulant à peine afin que sa hargne soit suffisamment expressive, des mots doux à mon encontre que ma politesse naturelle m’empêche de citer sur cet espace public, bordel. Ca avait un vague rapport avec mon cul. Il faut dire qu’elle a une fâcheuse tendance à transférer son vomi d’inadaptée au système éducatif français à son entourage proche, histoire de ne pas se faire virer du collège tous les 4 matins.

J’ai senti le truc monter. L’envie difficilement répressible de scotcher au mur, de dire des mots blessants et plein de fiel, ceux dont je sais qu’ils vont aller droit dans le mille comme une flèche indienne dans le coeur du général Custer.

Mécanisme de la violence.

Et puis j’ai pensé à elle et à la journée qui l’attend: sa prof de musique, et son discours si pédagogique (« tu ne feras jamais rien de ta vie »), les regards des collégiens et leurs petites tortures quotidiennes. Et j’ai fait défouloir. C’est bien aussi comme métier.

Elle n’avait pas raison. Mes valeurs ne m’autorisent pas à pardonner l’insulte à sa mère. (en plus que c’était même pas vrai, mon cul et moi on est assez potes en ce moment)  Mais mon cerveau me permet de la comprendre, et de la décentrer.

Je vais pas te refaire le débat sur Charlie raciste ou pas, tu peux le trouver partout. Y avait du bon et du moins bon. Je trouve la une de Luz artistiquement assez belle: les 12 niveaux de lecture, c’est assez fort, surtout dans le manichéisme du moment. (Je l’ai vue partout sur le net, parce que je n’ai pas acheté Charlie, hier. Je réserve mon soutien pour le moment où il sera assassiné dans l’indifférence générale par la pompe à Phynance et le grand Capital).

Mais je me demande quand même si tout cela ne participe du mécanisme de la violence, si nous ne devons pas réinterroger nos valeurs (et notamment celle de la laïcité). Se mettre à la place de…

La petite maghrébine née en France, 3e génération, élevée par sa mère qui fait des ménages,  dans un taudis où beugle la télé, où les frangins sortent à de taule, où on mange des chips de Liddle à tous les repas. Le miroir, il lui dit qu’elle est grosse, qu’elle n’arrivera jamais à rien (tiens, comme dirait la prof de musique), qu’elle n’est pas comme les autres français, puisqu’on lui répète  qu’elle est immigrée, et qu’on lui demande sa carte d’identité. Alors un jour, elle porte le voile, parce qu’au moins là elle trouve une communauté d’appartenance. On lui interdit? Elle insiste. Et se radicalise contre la « violence » qu’elle ressent de l’Etat qui condamne sa conception de pratique religieuse,  et contre ceux qu’elle estime l’humilier dans ses croyances et valeurs.

Je suis assurément plutôt Gandhi que Clémenceau, plutôt Peace que Love (on finit toujours pas s’engueuler, s’incomprendre et s’interpréter, avec toutes ces conneries de sentiments passionnels), plutôt Placide que Muzo.

Si pour défendre la liberté d’expression on bafoue les principes  de liberté individuelle,  tout en enterrant ceux de fraternité et d’égalité, je ne suis pas sûre que l’Union Sacrée soit si porteuse d’espoir…

 

 

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Je pense donc j’essuie (les larmes)

Si tu es là, c’est que tu as lu « Je ne suis pas Charlie… »

tu l’as lu en entier, aimé, détesté, tu l’as lu de travers,  pas compris, tu l’as lu avec ta propre vision du monde et sensibilité… C’est bien. C’est le jeu d’un article public (j’ai pas forcément l’habitude, si tu regardes un peu dans les pages précédentes, ce blog est plutôt de l’ordre de l’intime et du quotidien que de la réflexion politique…).

Néanmoins, j’ai été fort marrie de voir fleurir les interprétations d’intellectualisation.

« Faut arrêter d’intellectualiser », qu’on me dit. Je lis sur FB des commentaires extrêmement suffisants sur ces intellectuels égocentrés  qui ne cherchent qu’à se démarquer. J’y ai même perdu un ami dans la bataille, dommage collatéral.

C’est vrai, je me suis présentée comme intellectuelle. Je ne vais pas vous raconter mon parcours, on m’a assez reproché de me regarder le nombril dans l’article. En vrai, c’est un peu une imposture, j’aime les idées neuves mais je ne suis pas un rat de librairie, ni en veille permanente. Je suis une glaneuse.

Je suis partie de moi, c’est aussi un procédé rhétorique pour dire que l’ensemble des classes moyennes et supérieures éduquées ont une responsabilité dans le processus d’exclusion qui est en oeuvre aujourd’hui. A une autre échelle, la responsabilité des pays occidentaux développés dans la montée de l’islamisme. Mais je ne m’autoflagelle pas non plus, ça va, merci.

« Arrête d’intellectualiser ». On m’a dit. (dans la version polie)

Je vais voir mon petit Larousse. J’ai pas de Robert, je suis une intellectuelle imposteure.

Y a pas. Mais je suppose que c’est le verbe d’intellectualisme.

 » Doctrine qui affirme la prééminence de l’intelligence sur les sentiments et la volonté ».

J’ai aussi un dictionnaire du vocabulaire des sciences humaines, héritage de ma terminale (scientifique: je suis une intellectuelle imposteure).

« terme de caractère plus souvent polémiste utilisé surtout par les adversaires des conceptions ou philosophies qui attribuent la primauté à l’intelligence ou à la raison… ».

OK. Je suis donc assez fière d’intellectualiser.

Je cherche des causalités, je confronte, je partage, je débats. Je remets en cause des fondements de mon éducation, notamment sur la laïcité. J’en veux un peu aux intellectuels de nous avoir abandonnés, ou de s’être inféodés aux partis politiques sans remettre en cause le système.

Si intellectualiser, c’est remettre du débat d’idées dans le champ public, alors oui, j’intellectualise. Si c’est tenter de sortir de la logique bien gauloise que tout avis divergent du sien est une grosse merde à vomir, alors oui, j’intellectualise. Si c’est essayer de trouver des actions, à son échelle, à son niveau, en fonction de ses compétences qui permettent du lien social, de l’engagement, voire même un peu d’utopie, alors oui, j’intellectualise. Et j’en suis, finalement assez fière.

J’ai deux trois idées  pour l’avenir, dans mon champ professionnel actuel comme dans l’associatif, mais je ne pars pas de zéro non plus (réponse aux commentaires psychologisants sur ma culpabilité judéochrétienne, ça va, merci. :-) ) .

Mais je n’empêche personne de marcher, je ne juge pas les marcheurs. Mes meilleurs amis ont marché.

Et moi j’ai couru.

Comme tu le vois j’ai aussi un coeur, en surchauffe émotionnelle sans doute.

 

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J’ai pensé aux disparus. En particulier à Bernard Maris qui intellectualisait vachement bien quand même.

J’ai pensé à mes amis perdus.

Et j’ai pleuré.

 

 

Passons de l’émotion à l’action, en utilisant notre raison: intellectualisons!

 

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To be or not….

Je suis désolée.

J’ai beaucoup lu Charlie. Mon père l’achetait avec le Canard; je l’ai aussi soutenu quand il a failli disparaître. Je n’aimais pas tout, Siné m’a gavé, mais Charb a bien rattrapé. Je ne suis pas une inconditionnelle du médiatique Pelloux. L’oncle Bernard était mon idole, et Cabu, forcément, mon enfance et mon adolescence engagée.

Je ne me sens pas Charlie. Et pourtant  je suis une intellectuelle de gauche laïque et républicaine, j’ai grandi dans l’esprit de soixante huit, mes parents m’ont appris l’irrévérence, l’esprit critique et je les en remercie. (Edit: je précise, pour ceux qui trouvent ça vaniteux, que c’est une caution pour ne pas être accusé de fascisme… ça sort vite dans les moments où l’émotion domine et qu’on lit entre les lignes. En vrai, je ne suis pas bien sûre d’être une intellectuelle, et je pense être assez tolérante avec les opinions et engagements différents…)

Je suis profondément triste. Ma tristesse est individuelle, personnelle. Je n’ai pas envie de la partager dans une communion collective et mémorielle. Je ne sais pas trop quoi penser de cette solidarité cathartique émergente. Elle m’inquiète et m’interroge.

J’ai été prof, d’histoire géo, en ZEP, c’est dire si je suis bien comme il faut. Je DOIS être Charlie.

Mais je ne crois pas que la liberté de la presse soit menacée. Le problème n’est pas là.

Je ne me nomme pas Charlie. Et pourtant j’en ai débattu, de la laïcité, de la liberté de la presse,  dans mes collèges de ZEP, au moment des caricatures, parfois avec des graines de fondamentalistes. Ca faisait du bruit dans la classe, même que ça gênait le prof de maths d’à côté, la prof d’histoire géo qui « ne savait pas tenir sa classe ».  J’étais seule. Chacun sa merde à gérer. Des collègues choisissent la facilité: la Shoah, en ZEP, parfois on l’aborde à la marge…  Les anim’ des cités n’en parlent pas; les centres sociaux c’est pas leur problème, la politique de la ville; ben quoi on construit des beaux arrêts de bus, ça suffit bien, non?

Je ne me proclame pas Charlie et pourtant je me sens responsable de ce drame qui n’a rien à voir avec un 11 septembre: le ver, il est à l’intérieur.

En tant qu’intellectuelle de gauche bien pensante, j’ai laissé faire, je ne me suis pas battue pour de nouveaux modèles, j’ai enterré l’utopie, j’ai quitté le Mammouth. J’ai reconstruit virtuellement la société avec des amis, dans ma jolie maison, en sirotant des breuvages coûteux. J’ai protégé mes enfants de ce monde violent et haineux. J’ai reproduit les schémas et les codes sociaux. Je n’ai pas cherché à comprendre l’exclusion, juste à la sortir de mon champ de vision. C’est plus facile, l’entre-soi.

Je n’étais pas Charlie, mais je voudrais bien le devenir, en posant les questions que l’on ne peut plus contourner aujourd’hui: comment la société, nous, les intellectuels, nos dirigeants, ont-ils pu laissé fabriquer ces monstres d’ignorance, de bêtise et de violence? Pourquoi nous, qui avons les clés, n’avons nous rien fait pour changer la vie publique? Pourquoi nous laissons nous dominer par les logiques institutionnelles sclérosantes? A quand un engagement politique, militant, associatif qui déconstruise ces logiques et ces potentats?

Nous n’étions pas Charlie. Devenons Charlie.

 

 

 

 

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Grincements de porte

J’aime pas le téléphone.

Au boulot, je filtre et propose des « rendez vous téléphoniques » quand c’est important.

A la maison, je ne décroche pas souvent. Pas le temps. J’envoie des SMS ou des mails à la place, je sais, ce n’est pas pareil, mais j’aime l’écrit, direct, rapide, précis.

Ça doit bien faire marrer mes parents, tiens. A l’époque, il n’y avait pas d’abonnement communications illimitées, pas de signal de double appel, tout ça. Même pas de répondeur. La facture détaillée était l’espion délateur des conversations sans fin et revenait tout les mois te faire expier ta Très Grande Culpabilité. On dira que j’ai bouffé mon capital téléphone entre 15 et 20 ans. Maintenant je me rachète.

Ou alors, le téléphone a changé de sens.

Ce matin, par exemple. Il a sonné très tôt. Pourtant réglé en « ne pas déranger », il a chanté la musique de Mission Impossible. Depuis un an, c’est celle qui signe l’appel qui doit être pris même si tu es couvert de shampoing ou si tu as bu deux bières avec des potes en refaisant le monde. Même si Morphée te caresse tendrement les cheveux. C’est le numéro du bloc de la mater. Là où tu vas quand les choses ne tournent pas très bien.

Ce n’est pas moi qui doit répondre. C’est Lui. Des fois je le prend quand même, l’objet rectangle qui me brûle les mains, pour dire « il arrive, il se torche les fesses » (non en vrai, je le dis pas, je suis polie)

Ce matin, je venais de servir le thé. Juste avant de la réveiller pour partir au collège. En peignoir les cheveux mouillés.

D’un coup, il se tend comme un chien à l’arrêt, le regard noir et la mâchoire serrée.

Pendant ce temps, mon cerveau fait plein de tours. Je dois aller travailler, conduire l’ado, pas de rendez vous urgent, mais bon, un congé de dernière minute, c’est mal vu dans la bureaucratie. Les garçons dorment, faudrait les lever, ils ne voudront jamais partir sans manger. Je fais 12 hypothèses de plannings  en moins de 30 secondes.

C’est une urgence vitale. Et le bébé va bien, et est ce qu’elle voulait allaiter, et c’est une fille ou un garçon? Ces questions là je ne les pose plus, je sais qu’il y a un corps, des cellules, des biologies. C’est le seul moyen pour garder la tête froide et prendre les bonnes décisions. Je ne pourrais jamais faire ce métier.

Il y a quelqu’un au bloc, qui « gère ». Pour l’instant. Après 24 heures de garde.
Assistance et conseils téléphoniques suffisent pour réveiller les garçons, les préparer fissa pour monter à la maternité. Un jour de RTT. Le « jour des enfants »qu’il tente de maintenir vaille que vaille malgré les sous-effectifs.

Je vais La conduire au collège. Et vais travailler. Comme si de rien était. En envoyant quelques SMS sans réponse pour prendre des nouvelles. Les garçons vont aller dans la chambre de garde, ou dans le bureau, louper la danse. Mais ils savent qu’il ne faut pas trop moufter. Les mots leur échappent, mais ils ont compris que des gens meurent à l’hôpital, et que papa est là pour ça. Ils ont des grands yeux inquiets, parlent bas, avec cette conscience grave et métaphysique que des enjeux vitaux sont en jeu.

Depuis les 3600 accouchements, la sonnerie de Mission Impossible résonne de plus en plus souvent. Les RTT sont aléatoires, les vacances jamais totalement libres.

C’est aussi pour ça que j’ai collé cette belle affiche sur la porte de mon bureau . Et aussi parce que je connais bien les artistes. (j’ai même partagé un ventre avec l’une d’elles)

Et aussi parce que je défends le service public. Même le mien dont j’ai une conscience aigüe et douloureuse des dysfonctionnements.

concert 6 avril

 

Ce matin ma Directrice est venue jusqu’à mon bureau. C’est assez rare pour être souligné.

Pas pour me demander des informations sur le concert, sur l’association, oh non.

Pour me dire que maintenant que le couloir était repeint (dois-je préciser que le sol n’est pas posé,que la peinture n’est pas terminée, que les fenêtres sont vert bouteille 10 ans d’âge,  et que des balais, pinceaux, clenches diverses décorent très élégamment le magnifique couloir, ou c’est assez mesquin comme ça?), il n’était pas question de mettre toutes sortes d’affiches qui dépareraient de notre belle unité.

« Mais bien sûr », ai-je dit en souriant.

J’ai retiré mon affiche de ma porte.

Les garçons sont rentrés à la maison.

La dame n’est pas morte. Je ne sais pas si son bébé va bien.

Et ma porte est vide.

 

 

 

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Celle que je ne suis plus

arc en ciel

 

La lettre est arrivée aujourd’hui.

« Vous avez demandé votre intégration (…) en conséquence, votre intégration dans le grade d’attaché territorial sera effective à compter du 1er août 2012… »

Je ne suis définitivement plus prof.

Ce n’est pas sans une certaine nostalgie. J’aimais enseigner. D’ailleurs, j’ai encadré des travaux d’étudiants cette année. C’est plus valorisant qu’une classe de collège et on te remercie…

Tout ce que j’ai appris me sert. C’est  très gratifiant de voir qu’un prof peut tout faire: supporter la collègue chiante (à côté de la 4e de ZEP, c’est un peu comme travailler avec Mère Thérésa); s’adapter aux logiques pas toujours simples de l’administration (à côté du Rectorat, c’est l’île aux enfants); accepter des méthodes et organisations pas toujours très cohérentes (à côté de l’Education Nationale, c’est l’Eldorado.)

Des inconvénients, c’est sûr, il y en a. Râlez pas, mes chers ex-collègues, mais je crois bien que je vais soutenir toute mesure qui diminue la durée de ces putains de vacances d’été, qui me mettent en transe à partir du mois de mai. Jouer au Tétris avec le calendrier, plomber ses congés jusqu’à la fin de l’année, imposer des centres et colos à des enfants qui n’aiment pas ça, ne pas prendre tous ses congés ensemble pour faire « garde alternée »… C’est un exercice culpabilisant et stressant. Et puis je me rappelle que prof, je trouvais ça tellement long, ces deux mois …

Mais globalement, je ne regrette pas mon choix. Je me sens libre de faire autre chose, de postuler ailleurs si l’opportunité se présente. J’ai été prof. La page est tournée.

Rideau.

Tiens d’ailleurs, des rideaux, j’en ai fait. ça tombe bien que j’en parle.

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Tissu superbuzzy, parce que je ne suis plus prof, mais je suis encore snob. Il me fallait un tissu japonais, orné de vieilles illustrations françaises, commandé aux states. Sinon ça ne valait pas le coup d’être blogué.

J’ai fait aussi deux très jolis torchons.

torchon

Ils n’essuient rien mais c’est très chic.

Il me fallait bien un peu de constance dans ces défis identitaires.

 

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Retour en France

Après 5 jours en Italie,

5 ans en Sarkozie,

Back Home.

vue St Pierre

piazza navona

fenêtre

Les vacances avec les enfants, c’est un peu comme un marathon.

On est content de le faire. On se dit que c’est bien, c’est comme un genre de défi personnel.

Pendant qu’on court, on se dit qu’on est fous, mais qu’est ce qui nous a pris?

On a l’impression qu’il n’ y a que les pauses Gelateria et les pouillages de tronche en règle qui les intéressent.

escaliers

Simon

Et puis finalement, on les convertit au marathon. Il faut qu’on visite encore ça, qu’ils disent. Ils sont même prêts à faire la queue pour voir.

Gaby a Saint Pierre

Gaby touché par la Grâce à Saint Pierre. C’te blague.

En plus, les italiens sont rigolos,

panneau

comme en France, ils disent dans la rue leurs désaccords,

manif

Et ils adorent les bambini.

H et S devant le forum

Pendant que j’y suis, tiens: à Rome, on peut faire des photos de couture au soleil.

dagobert 1

(j’étrangle mon frère ni vu ni connu dans le parc de la villa Borghèse…)

dagobert 2

Dagobert 3

dagobert4

 

Patron Dagobert (tout découpé,y a juste un bout de scotch à mettre), en 10 ans rallongé de 6 cm (le 12 ans était trop large pour H). Explications très claires, petites techniques de couture qui te font croire que tu es douée, différentes variantes… Je suis conquise. J’ai juste foiré le biais des emmanchures, j’ai mis du bord côte à la place en désespoir de cause et j’aime bien.

Tissu en jersey épais tissus.net, biais qui trainait dans la boite, bord-côte tissus.net.

Pour les petites journées fraiches (pas du tout comme chez nous en ce moment, c’est pas frais, c’est glacial en Normandie.), j’ai fait un petit tee shirt ajusté tout simple, patron Ottobre 4, 2008.

 

 

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